FCFE vs FCFF : le calcul qui change votre valorisation startup de 30 %

Définition, formules, lecture depuis le tableau de flux, 5 erreurs, cas pratique SaaS suisse 20 MCHF, FAQ 10 questions.

Introduction : deux offres, cinq millions d'écart, un seul problème de méthode

Un fondateur SaaS reçoit deux offres à six semaines d'intervalle : 20 MCHF et 15 MCHF. Même société, même EBITDA, même business plan. Le premier acquéreur a actualisé les flux par FCFE, le second par FCFF avec une structure de dette mal intégrée. Les 5 MCHF d'écart ne viennent pas de la négociation : ils viennent d'un choix de modèle appliqué sans cohérence avec le taux d'actualisation retenu.

Le FCFF (Free Cash Flow to the Firm) mesure les flux de trésorerie disponibles pour l'ensemble des pourvoyeurs de fonds, actionnaires et créanciers, avant tout paiement de dette. Le FCFE (Free Cash Flow to Equity) mesure ce qui reste aux seuls actionnaires après remboursement des dettes et versement des charges financières. Deux métriques, deux taux d'actualisation, deux valeurs distinctes. La pratique M&A franco-suisse utilise les deux. Les confondre produit des erreurs qui ne déclenchent aucune alerte dans le tableur.

« Valoriser une entreprise par FCFE ou par FCFF, c'est choisir de regarder la valeur avant ou après l'effet de levier. Le résultat devrait être identique en théorie. En pratique, les hypothèses divergent et l'écart peut dépasser 20 %. »
Damodaran, A., Investment Valuation, Wiley, 2012.

Sur le marché M&A franco-suisse des startups et PME technologiques, le choix entre FCFF et FCFE n'est pas une question académique. Il conditionne directement la valeur communiquée à un acquéreur, le montant d'une levée de fonds et la défendabilité d'une valorisation indépendante face à un commissaire aux comptes ou à une autorité fiscale. En 2026, avec des taux d'actualisation structurellement plus élevés qu'en 2021, l'impact du choix de modèle sur la valeur terminale est amplifié.

Pourquoi deux modèles théoriquement équivalents produisent-ils des valorisations radicalement différentes en pratique ? Quand utiliser l'un plutôt que l'autre ? Et quelles erreurs font dérailler le modèle silencieusement, sans alerte dans le tableur ?

Cet article présente l'origine des deux concepts, leurs définitions précises, les contextes d'application, la méthodologie de calcul pas à pas, les 5 erreurs systématiques à éviter, les avantages et limites de chaque approche, un cas pratique chiffré sur une startup SaaS suisse sur la base d'un chiffre d'affaires de 20 MCHF, une FAQ de 10 questions, et le positionnement d'Hectelion sur ces mandats.

Origine : de Modigliani-Miller à la lecture directe du tableau de flux franco-suisse

La distinction entre valeur de la firme et valeur des fonds propres naît dans la littérature académique avec les travaux de Modigliani et Miller publiés en 1958 dans The American Economic Review sous le titre « The Cost of Capital, Corporation Finance and the Theory of Investment ». Leur théorème établit que la valeur d'une entreprise est indépendante de sa structure de capital dans un marché parfait, posant ainsi le problème central : si la valeur totale ne change pas avec le niveau d'endettement, comment passe-t-on de la valeur de la firme à la valeur des fonds propres ?

C'est Damodaran qui formalise opérationnellement les deux métriques dans Investment Valuation (première édition, Wiley, 1994), en proposant deux voies de calcul distinctes : l'actualisation des FCFF au WACC pour obtenir l'Enterprise Value, et l'actualisation des FCFE au coût des fonds propres pour obtenir directement l'Equity Value. Les deux méthodes doivent converger sous hypothèses identiques.

Dans la pratique M&A franco-suisse, le FCFF s'est imposé comme standard mid-market pour les transactions impliquant des fonds PE ou des acquéreurs institutionnels. Le FCFE est davantage utilisé dans les levées de fonds VC et dans les valorisations d'entreprises peu endettées. La structure du tableau de flux de trésorerie selon le PCG français et le Swiss GAAP FER permet une lecture directe des deux métriques sans retraitement complexe, avantage opérationnel significatif par rapport à l'approche strictement académique partant de l'EBIT.

Définition : CAF, FCFF et FCFE — trois niveaux de flux à ne pas confondre

CAF, FCFF et FCFE : trois niveaux distincts

Les trois concepts s'enchainent logiquement mais ne sont pas interchangeables. Chacun représente un niveau de flux distinct dans le tableau de trésorerie.

  • CAF (capacité d'autofinancement) : flux généré par l'activité avant tout mouvement de capital circulant et avant tout investissement.
  • CAF = Résultat net + D&A
  • FCFF (Free Cash Flow to the Firm) : flux disponible pour l'ensemble des pourvoyeurs de fonds après prise en compte du besoin en fonds de roulement et des dépenses d'investissement.
  • FCFF = CAF - ΔBFR - CapEx
  • FCFE (Free Cash Flow to Equity) : flux disponible pour les actionnaires après prise en compte des mouvements de dettes financières. Deux égalités permettent une vérification croisée directe depuis le tableau de flux.
  • FCFE = FCFF + Variation des dettes financières

La variation de trésorerie est quant à elle la résultante de l'ensemble des flux de la période, décomposée en trois catégories distinctes : CFO (Cash Flow from Operations), CFI (Cash Flow from Investing) et CFF (Cash Flow from Financing).

Variation de trésorerie = CFO + CFI + CFF

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Contexte d'application : FCFF pour les mandats M&A, FCFE pour les levées de fonds

Quand utiliser le FCFF

Le FCFF est recommandé dans les situations suivantes : structure de capital amenée à évoluer significativement (LBO, refinancement post-cession, recapitalisation), comparaisons sectorielles entre entreprises à niveaux d'endettement différents, mandats de due diligence financière buy-side et sell-side, valorisation mid-market franco-suisse standard, et situations où la dette est un paramètre de structuration financière négocié.

Quand utiliser le FCFE

Le FCFE est recommandé pour les entreprises sans dette ou à dette stable et prévisible, la lecture directe depuis le budget de trésorerie présenté aux investisseurs, les fonds VC valorisant des startups peu endettées, et les fondateurs souhaitant mesurer directement la valeur de leur participation sans passer par l'Enterprise Value dans le cadre d'une valorisation indépendante.

La règle absolue des taux d'actualisation

Règle de cohérence entre type de flux et taux d'actualisation. Toute inversion produit une erreur de valorisation non détectable par le tableur. Source : Damodaran, A., Investment Valuation, Wiley, 2012 ; Hectelion.

Les deux approches donnent la même Equity Value sous hypothèses identiques : EV (FCFF) - dette nette = Equity Value (FCFE). Si les deux modèles divergent, une hypothèse est incohérente. La recherche de cette cohérence est l'un des contrôles de qualité fondamentaux dans un mandat de valorisation indépendante.

Méthodologie : les neuf étapes pour calculer FCFF et FCFE depuis le tableau de flux

Étape 1 : normaliser l'EBITDA. Point de départ commun aux deux modèles. L'EBITDA normalisé exclut les éléments non récurrents, retraite la rémunération du dirigeant au niveau marché et ajuste les charges exceptionnelles. Appliquer FCFF ou FCFE à un EBITDA non normalisé produit une valorisation indéfendable.

Étape 2 : construire la CAF. CAF = Résultat net + D&A. Traiter les provisions et reprises non cash. Une provision pour risque dotée mais non décaissée s'additionne au résultat net dans la CAF, et sera intégrée dans le BFR ou dans la dette nette selon sa nature.

Étape 3 : obtenir la CFO. CFO = CAF +/- ΔBFR. Le BFR normatif, exprimé en jours de chiffre d'affaires, est la base défendable pour la projection. Sur une startup en croissance de 30 % par an, le BFR observé gonfle mécaniquement chaque exercice. Utiliser le ΔBFR observé sans lissage produit des flux libres négatifs structurels qui s'inversent artificiellement dès que la croissance ralentit, créant une illusion de création de valeur en phase de maturité.

Étape 4 : déduire le CapEx. Variation nette des immobilisations incorporelles et corporelles depuis le tableau de flux. Distinguer le CapEx de maintien (préserve la valeur existante, intégré dans les deux phases de projection) et le CapEx de croissance (génère de la valeur future, pertinent en phase d'expansion mais à exclure de la valeur terminale). Attention : le CFI peut contenir des éléments autres que le seul CapEx (acquisitions de titres, cessions d'actifs financiers) ; le CapEx est à extraire spécifiquement des lignes d'immobilisations.

Étape 5 : obtenir le FCFF. FCFF = CAF - ΔBFR - CapEx = Résultat net + D&A - ΔBFR - CapEx. Dans un tableau de flux simplifié où CFI ne contient que le CapEx net, cette valeur correspond à la ligne « Flux de trésorerie disponible » (CFO + CFI).

Étape 6 : passer au FCFE. FCFE = FCFF + variation nette des dettes financières. Vérification : FCFE = variation de trésorerie + dividendes versés. Si cette égalité n'est pas respectée, le tableau de flux comporte une erreur.

Étape 7 : calculer les taux d'actualisation. Le WACC pour le FCFF intègre le coût de la dette après impôt et le coût des fonds propres pondérés par leur part dans la structure de capital cible. Le Ke pour le FCFE est calculé par le CAPM augmenté : Rf + β × (Rm - Rf) + prime de taille + prime spécifique. Sur une startup suisse en phase de croissance, la prime de taille et la prime spécifique représentent typiquement 4 à 6 points supplémentaires au-dessus du CAPM standard.

Étape 8 : valeur terminale. Rente perpétuelle : FCFF_N5 / (WACC − g), sans projection d'une croissance supplémentaire sur le dernier cash flow observé. Cette convention est plus conservative et plus défendable face à un acquéreur. La valeur terminale représente entre 60 et 70 % de l'Enterprise Value totale sur une startup à fort potentiel. Sa sensibilité au taux de croissance terminal est le paramètre le plus critique du modèle.

Étape 9 : réconciliation. EV (calculée par actualisation du FCFF) - dette nette = Equity Value. Cette valeur doit converger avec l'Equity Value obtenue par actualisation directe du FCFE. Un écart signale une incohérence dans les hypothèses de dette ou de taux d'actualisation.

Les 5 erreurs qui faussent la valorisation sans déclencher d'alerte dans le tableur

Erreur 1 : mélanger les deux approches de calcul du FCFF. L'approche pratique (RN + D&A - ΔBFR - CapEx) part du résultat net après intérêts et IS. L'approche académique (EBIT × (1-t) + D&A - ΔBFR - CapEx) part du résultat opérationnel avant intérêts. Les deux convergent sous hypothèses identiques mais ne se mélangent pas. Utiliser l'approche pratique avec le taux d'actualisation de l'approche académique produit une double prise en compte de la dette, gonflant silencieusement l'Enterprise Value.

Erreur 2 : utiliser le ΔBFR observé plutôt que normatif. Sur une startup dont le chiffre d'affaires croît de 30 à 40 % par an, le BFR gonfle mécaniquement. Projeter le ΔBFR observé produit des flux libres négatifs structurels qui s'inversent artificiellement dès que la croissance ralentit. Le BFR normatif exprimé en jours de chiffre d'affaires est la seule base défendable en valorisation et en due diligence financière.

Erreur 3 : intégrer le CapEx de croissance dans la valeur terminale. En phase terminale, seul le CapEx de maintien subsiste. Inclure le CapEx de croissance au-delà de la phase d'investissement comprime artificiellement le FCFF terminal et sous-évalue la valeur terminale. Cette erreur est particulièrement fréquente sur les actifs incorporels capitalisés (développement logiciel, R&D) ainsi que dans les mandats d'évaluation d'actifs intangibles.

Erreur 4 : confondre taux d'actualisation et type de flux. Actualiser un FCFE au WACC revient à surévaluer l'Equity Value en neutralisant l'effet de levier. Actualiser un FCFF au Ke revient à ignorer le coût de la dette. Ni l'une ni l'autre de ces erreurs ne déclenche d'alerte dans le tableur : elles produisent un résultat chiffré en apparence cohérent, mais structurellement faux. L'écart sur la valeur finale peut atteindre 20 à 40 %.

Erreur 5 : omettre les dividendes dans la vérification du FCFE. La relation FCFE = variation de trésorerie + dividendes versés est un contrôle comptable direct. Omettre les dividendes dans cette réconciliation masque un FCFE artificiellement bas et conduit à sous-évaluer la rémunération effective des actionnaires. Cette erreur est fréquente dans les sociétés dont les dirigeants perçoivent une part significative de leur rémunération sous forme de dividendes, cas courant dans les PME franco-suisses.

Avantages : ce que le FCFF et le FCFE apportent dans un mandat de valorisation

Le FCFF présente un avantage structurel : il est indépendant de la structure de capital, ce qui le rend comparable entre entreprises et stable sur des projections longues. C'est le standard mid-market pour les mandats M&A franco-suisses, les due diligences et les valorisations multicritères. Il est indépendant des choix de financement de l'acquéreur, ce qui le rend directement comparable entre entreprises d'un même secteur à levier différent.

Le FCFE mesure directement la valeur actionnaire sans passer par l'Enterprise Value. Il est plus intuitif pour les fondateurs et naturel pour les fonds VC qui raisonnent en rendement sur fonds propres. Dans le cadre d'une structuration financière, il permet de présenter au fondateur ce que la société génère réellement pour lui après service de la dette, sans retraitement.

Limites : quand le FCFF et le FCFE peuvent induire en erreur

Le FCFF nécessite une hypothèse de structure de capital cible pour calibrer le WACC. Dans une startup en phase d'amorçage dont l'endettement évolue rapidement, cette hypothèse peut être difficile à défendre et introduit une circularité dans le modèle (le WACC dépend de la valeur de marché des fonds propres qui est elle-même issue du DCF).

Le FCFE présente une sensibilité élevée aux hypothèses de dette : une variation de 500 kCHF dans la projection des remboursements peut déplacer l'Equity Value de plusieurs millions. Il est également difficile à calibrer sur des early-stages structurellement déficitaires dont les flux de financement sont erratiques d'une année à l'autre.

Les deux modèles partagent une limite fondamentale : leur résultat dépend à 80 % de la qualité du business plan sous-jacent. Un DCF rigoureusement construit sur des hypothèses de croissance irréalistes reste un mauvais DCF. La robustesse d'une valorisation par DCF se mesure à la qualité de l'analyse de sensibilité qui l'accompagne. C'est la raison pour laquelle Hectelion croise le DCF avec les multiples de marché et l'actif net réévalué dans ses mandats de valorisation indépendante.

Exemples et cas concrets : Société A, startup SaaS suisse à 20 MCHF de CA

Société A : startup SaaS B2B suisse (données fictives, kCHF)

La Société A est une startup SaaS B2B basée à Lausanne, spécialisée dans la gestion des flux d'approvisionnement pour les PME industrielles suisses. Chiffre d'affaires de 20 000 kCHF en année 1, croissance de 30 % par an. Résultat net négatif en années 1 et 2, positif en année 3. Dette financière cumulée de 4 000 kCHF fin A1, 6 000 kCHF fin A2, ramenée à 5 000 kCHF fin A3 par remboursement partiel. Taux d'intérêt sur la dette : 5 %.

Tableau de flux de trésorerie Société A (données fictives, kCHF). Croissance CA 30 % par an. Le FCFF = CAF - ΔBFR - CapEx. La variation de trésorerie = CFO + CFI + CFF. Source : Hectelion, cas illustratif.

Lecture directe du FCFF et du FCFE

Le FCFF = CAF - ΔBFR - CapEx = (3 000) en A1, (2 000) en A2, 1 000 en A3. La société est en phase d'investissement intensif en A1 et A2 : les flux négatifs reflètent la construction du produit et l'acquisition des premiers clients, pas une dégradation de l'activité récurrente. Dans ce cas simplifié où CFI ne contient que le seul CapEx net, on note que FCFF = CFO + CFI numériquement.

Le FCFE se calcule en ajoutant la variation des dettes financières au FCFF. La vérification comptable est directe :

Année 1 : FCFF (3 000) + ΔDettes 4 000 = 1 000 = variation de trésorerie 1 000 + dividendes 0. Conforme.

Année 2 : FCFF (2 000) + ΔDettes 2 000 = 0 = variation de trésorerie 0 + dividendes 0. Conforme.

Année 3 : FCFF 1 000 + ΔDettes (1 000) = 0 = variation de trésorerie 0 + dividendes 0. Conforme.

Valorisation par DCF sur 5 ans (FCFF)

Hypothèses de valorisation retenues : WACC de 13 % (Rf 1,2 %, prime de marché 6 %, bêta 1,2, prime de taille 3 %, prime spécifique 2 %), taux de croissance terminal de 3 %, dette nette fin A3 de 4 000 kCHF (dette 5 000 kCHF, trésorerie 1 000 kCHF).

  • Projection FCFF années N+1 à N+5 (kCHF) : 2 000, 3 000, 4 000, 4 500, 5 000.
  • Valeur terminale (rente perpétuelle sans croissance) : 5 000 / (0,13 − 0,03) = 50 000 kCHF.
  • Valeur actuelle de la valeur terminale : 50 000 / (1,13^5) = 27 138 kCHF.
  • Somme des valeurs actualisées du FCFF : 12 365 kCHF.
  • Enterprise Value : 39 503 kCHF.
  • Equity Value : 39 503 − 4 000 = 35 503 kCHF.
  • Equity Value Société A (kCHF) selon WACC et taux de croissance terminal, après déduction de la dette nette de 4 000 kCHF.
  • Formule VT : FCFF_N5 / [(1+WACC)^5 × (WACC−g)].

L'intervalle de valorisation s'étend de 26 800 kCHF (scénario conservateur : WACC 15 %, g 2 %) à 51 500 kCHF (scénario optimiste : WACC 11 %, g 4 %), soit un rapport de 1 à 2 sur la seule variation des hypothèses d'actualisation et de croissance terminale.

Cette amplitude justifie la production d'une analyse de sensibilité dans tout rapport de valorisation indépendante.

Mot du dirigeant

Sur les mandats de valorisation startup que nous conduisons chez Hectelion, la question FCFF vs FCFE arrive en général après le tableur, pas avant. Le fondateur a déjà un chiffre en tête. Ce que nous observons, c'est que ce chiffre est presque toujours construit sur un FCFE implicite, sans que le mot soit utilisé, et actualisé à un taux qui est en réalité le WACC. Résultat : une surévaluation de 15 à 25 %, invisible dans le modèle.
La vraie question n'est pas quelle méthode utiliser. C'est : est-ce que la méthode choisie est cohérente avec le taux d'actualisation, le traitement de la dette nette, la projection du BFR et le CapEx terminal ? Ces quatre cohérences sont rarement vérifiées simultanément dans les modèles que nous recevons en contre-expertise.
Notre approche chez Hectelion est bicéphale : nous construisons les deux modèles en parallèle, nous les forçons à converger, et si ils ne convergent pas, nous cherchons l'hypothèse incohérente. La convergence FCFF / FCFE n'est pas un objectif esthétique. C'est le seul moyen de savoir que le modèle est juste.
Aristide Ruot, Ph.D. — Fondateur & CEO, Hectelion

FAQ : 10 questions sur le FCFF et le FCFE

Q1 : quelle est la différence entre FCFF et FCFE ?

Le FCFF mesure les flux disponibles pour tous les pourvoyeurs de fonds (actionnaires et créanciers) avant paiement de la dette. Le FCFE mesure ce qui reste aux actionnaires après. FCFF actualisé au WACC donne l'Enterprise Value. FCFE actualisé au Ke donne directement l'Equity Value.

Q2 : peut-on obtenir la même Equity Value avec les deux méthodes ?

Oui, sous hypothèses identiques. EV (FCFF) - dette nette = Equity Value (FCFE). Si les deux modèles divergent, une hypothèse est incohérente, typiquement dans la projection des dettes financières ou dans le taux d'actualisation retenu.

Q3 : quel taux d'actualisation utiliser pour chaque flux ?

FCFF au WACC, FCFE au Ke (coût des fonds propres, calculé par CAPM augmenté). Toute inversion de cette règle produit une erreur structurelle non détectable dans le tableur.

Q4 : le FCFE peut-il être négatif pour une startup rentable ?

Oui. Si la startup rembourse de la dette en phase de croissance tout en maintenant un CapEx élevé, le FCFE peut être négatif même avec un résultat net positif. FCFE = FCFF + ΔDettes : un remboursement net de dette réduit mécaniquement le FCFE.

Q5 : comment traiter une dette variable dans le FCFE ?

Projeter la variation nette des dettes financières (nouvelles dettes moins remboursements) exercice par exercice. Le FCFE sera positif les années de levée de dette et potentiellement négatif les années de remboursement net. C'est la raison pour laquelle le FCFE est plus instable que le FCFF sur des startups en phase de financement actif.

Q6 : quelle méthode les fonds PE utilisent-ils en pratique ?

Les fonds PE utilisent le FCFF actualisé au WACC pour valoriser une cible dans le cadre de leurs mandats d'acquisition, puis en déduisent l'Equity Value via la dette nette. Le FCFE est davantage utilisé dans les analyses de rendement interne (TRI equity) après structuration de la dette d'acquisition.

Q7 : quelle est la différence entre CAF et FCFF ?

La CAF est strictement le flux généré avant mouvement de capital circulant et avant investissement : CAF = Résultat net + D&A. Le FCFF complète la CAF en intégrant la variation de BFR et le CapEx : FCFF = CAF - ΔBFR - CapEx. La CAF est donc supérieure au FCFF en phase d'investissement et de croissance du BFR.

Q8 : comment lire le FCFF depuis un tableau de flux suisse ou français ?

FCFF = CAF - ΔBFR - CapEx. Dans un tableau simplifié où CFI ne contient que le CapEx net, la ligne « Flux de trésorerie disponible » (CFO + CFI) donne ce résultat directement. Si CFI contient d'autres éléments (acquisitions de titres, cessions d'actifs), il faut extraire spécifiquement le CapEx des lignes d'immobilisations pour calculer le FCFF.

Q9 : le FCFF et l'EBITDA sont-ils équivalents ?

Non. L'EBITDA est un solde avant IS, BFR et CapEx. Le FCFF intègre ces trois éléments. Sur une startup, l'écart entre EBITDA et FCFF peut représenter 30 à 50 % de l'EBITDA, principalement du fait du CapEx de développement et de la croissance du BFR. Appliquer un multiple d'EBITDA revient à éviter ce calcul, ce qui explique la préférence des praticiens pour les multiples en phase d'early-stage.

Q10 : quand Hectelion recommande-t-il l'un ou l'autre dans un mandat de valorisation ?

Hectelion construit les deux modèles en parallèle et les force à converger. Le FCFF est le modèle directeur pour les mandats M&A mid-market et les due diligences. Le FCFE est utilisé en contrôle de cohérence et comme métrique de présentation aux fondateurs et aux fonds VC. La convergence des deux modèles est le critère de qualité central de nos rapports de valorisation indépendante.

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Conclusion : FCFE vs FCFF : deux chemins pour la même valeur, rarement le même résultat

Le FCFF et le FCFE sont deux lectures d'une même réalité économique : la trésorerie générée par l'activité, avant ou après l'effet de levier financier. Théoriquement équivalents, ils produisent en pratique des valorisations distinctes dès que les hypothèses de dette, de taux d'actualisation ou de BFR divergent. Sur une startup suisse à 20 MCHF de chiffre d'affaires, l'intervalle de valorisation issu de la seule variation des hypothèses d'actualisation et de croissance terminale peut aller du simple au double.

La règle fondamentale est simple et absolue : FCFF au WACC, FCFE au Ke. Toute autre combinaison produit une erreur structurelle non détectable dans le tableur. Les 5 erreurs décrites dans cet article partagent une caractéristique commune : elles produisent un résultat chiffré en apparence cohérent, sans alerte visible.

La robustesse d'un DCF ne se mesure pas à la précision des chiffres en sortie de modèle. Elle se mesure à la cohérence interne du modèle, à la qualité du business plan sous-jacent et à la rigueur de l'analyse de sensibilité. C'est la raison pour laquelle Hectelion croise FCFF, FCFE et multiples de marché dans ses mandats de valorisation indépendante.

Synthèse de la publication sur le FCFE vs FCFF

  • CAF = Résultat net + D&A.
  • FCFF = CAF - ΔBFR - CapEx.
  • FCFE = FCFF + Variation des dettes financières.

La variation de trésorerie se décompose en CFO + CFI + CFF.

Le FCFF actualisé au WACC donne l'Enterprise Value ; le FCFE actualisé au Ke donne directement l'Equity Value.

Les deux doivent converger sous hypothèses identiques : EV (FCFF) - dette nette = Equity Value (FCFE).

Les 5 erreurs à éviter sont le mélange des méthodes de calcul, l'utilisation du ΔBFR observé au lieu du normatif, l'intégration du CapEx de croissance dans la valeur terminale, l'inversion des taux d'actualisation, et l'omission des dividendes dans la vérification du FCFE. Sur une startup SaaS suisse de 20 MCHF de chiffre d'affaires, l'intervalle d'Equity Value varie de 26 800 à 51 500 kCHF selon les hypothèses d'actualisation et de croissance retenues.

Sources

  • Autorité des normes comptables (ANC) — PCG France — anc.gouv.fr
  • Berk, J. & DeMarzo, P. — Corporate Finance, 5ème éd., Pearson, 2020 — ISBN 978-0-13-518380-9
  • Damodaran, A. — Investment Valuation : Tools and Techniques for Determining the Value of Any Asset, 3ème éd., Wiley, 2012 — ISBN 978-1-118-13073-5
  • Hectelion SA — Observations internes sur le marché M&A franco-suisse et mandats de valorisation startup, 2026
  • Modigliani, F. & Miller, M. — « The Cost of Capital, Corporation Finance and the Theory of Investment », The American Economic Review, vol. 48, n°3, juin 1958, pp. 261-297 — JSTOR 1809766
  • Ruot, A. — Valorisation d'entreprises : Comparaison des méthodes de valorisation traditionnelles et des options réelles dans l'industrie pétrolière, thèse de doctorat, CY Cergy Paris Université, Laboratoire THEMA, soutenue le 13 décembre 2024 — theses.fr/2024CYUN1313
  • Swiss GAAP FER — fer.ch

Auteur

Aristide Ruot, Ph.D.
Fondateur | Directeur Général