Impairment testing : test de dépréciation des actifs sous IAS 36 et Swiss GAAP FER 27
Force la société à reconnaître les pertes de valeur sur ses actifs.

Introduction : l’impairment testing au cœur de la sincérité comptable
À chaque clôture annuelle, les directions financières et les comités d'audit se posent la même question, redoutée depuis 2008 : nos actifs valent-ils encore ce que le bilan prétend ? Goodwill issu d'une acquisition mal calibrée, machines industrielles dont la rentabilité s'effrite, marques rachetées au sommet du cycle, projets de R&D capitalisés sans débouché commercial — autant de postes qui peuvent receler une perte de valeur latente que les comptes n'ont pas encore reconnue.
Le test de dépréciation des actifs, ou impairment testing, est précisément le mécanisme comptable qui force l'entreprise à se confronter à cette réalité. Codifié au niveau international par la norme IAS 36 — Dépréciation d'actifs de l'IASB et, en Suisse, par la recommandation Swiss GAAP FER 27 — Dépréciation d'actifs, il impose une discipline annuelle au moins, et plus fréquente en cas d'indices de dépréciation.
« Un actif est déprécié lorsque sa valeur comptable excède sa valeur recouvrable, définie comme la plus élevée entre sa juste valeur diminuée des coûts de sortie et sa valeur d'utilité. » — IASB, IAS 36 paragraphe 6.
La difficulté concrète tient à la convergence de trois facteurs en 2026 : un environnement de taux qui élève mécaniquement le coût du capital et compresse les valeurs d'utilité actualisées, une vague de fusions-acquisitions des cinq dernières années qui a généré des goodwills massifs aujourd'hui exposés, et une vigilance accrue des auditeurs et régulateurs (AMF, ESMA, SIX) sur la robustesse des tests d'impairment. Pour une PME, une ETI ou une société cotée, un test mal mené peut produire deux risques symétriques : une dépréciation excessive qui détruit le résultat, ou une absence de dépréciation qui expose à un retraitement et à une remise en cause de la sincérité des comptes.
Cet article passe en revue la définition technique et comptable du test de dépréciation, son origine et son cadre normatif IFRS et Swiss GAAP FER, les raisons opérationnelles et stratégiques qui justifient sa rigueur, la méthodologie complète depuis l'identification des unités génératrices de trésorerie jusqu'au calcul de la valeur recouvrable, le calendrier d'application et les indices déclencheurs, le profil de l'évaluateur indépendant à mandater, deux cas pratiques chiffrés, le regard du dirigeant, dix questions fréquentes et une synthèse opérationnelle.
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Définition : qu'est-ce qu'un test d'impairment ?
Le test de dépréciation, ou impairment test, est la procédure comptable par laquelle une entreprise compare la valeur comptable d'un actif — ou d'un groupe d'actifs — à sa valeur recouvrable, afin de déterminer s'il convient d'enregistrer une perte de valeur. Si la valeur comptable excède la valeur recouvrable, l'écart constitue une dépréciation à comptabiliser immédiatement en charge dans le compte de résultat.
La valeur recouvrable est définie, tant sous IAS 36 que sous FER 27, comme la plus élevée des deux valeurs suivantes : la juste valeur diminuée des coûts de sortie (fair value less costs of disposal) et la valeur d'utilité (value in use). La juste valeur correspond au prix qui serait obtenu pour la vente de l'actif dans une transaction normale entre intervenants de marché à la date d'évaluation, net des coûts directs de cession. La valeur d'utilité correspond à la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs attendus de l'utilisation continue de l'actif et de sa sortie en fin de cycle, actualisée à un taux reflétant le risque spécifique de l'actif.
Le test d'impairment ne se confond pas avec une évaluation d'entreprise classique destinée à fixer un prix de transaction. Il s'agit d'une procédure comptable normée, dont l'objectif est de garantir que le bilan reflète une image fidèle de la valeur des actifs détenus. Sa rigueur méthodologique, ses sources d'hypothèses et son cadre documentaire sont strictement encadrés par la norme applicable et soumis à la revue de l'auditeur externe.
Origine : d'Enron à IAS 36 et FER 27
La problématique de la dépréciation des actifs n'est pas nouvelle, mais sa codification moderne trouve ses racines dans les grands scandales comptables du début des années 2000. L'affaire Enron (2001), suivie de WorldCom (2002), a mis en lumière la facilité avec laquelle des entreprises pouvaient maintenir au bilan des actifs surévalués — notamment des goodwills et des immobilisations incorporelles — bien après que leur valeur économique réelle se soit effondrée.
L'International Accounting Standards Board (IASB) a réagi en publiant en mars 2004 la norme IAS 36 — Dépréciation d'actifs, dans sa version révisée toujours en vigueur. Cette norme impose deux principes structurants : la valeur recouvrable d'un actif doit être testée chaque fois qu'il existe un indice de dépréciation, et obligatoirement chaque année pour le goodwill et les immobilisations incorporelles à durée d'utilité indéfinie, indépendamment de tout indice. La norme s'applique à tous les actifs à l'exception de ceux régis par des normes spécifiques (stocks IAS 2, instruments financiers IFRS 9, impôts différés IAS 12, etc.).
En Suisse, la Fondation pour les recommandations relatives à la présentation des comptes (FER) a publié la recommandation Swiss GAAP FER 27 — Dépréciation d'actifs, calquée dans son principe sur IAS 36 mais simplifiée pour les entreprises non cotées et les PME. Les groupes cotés à la SIX Swiss Exchange suivent les IFRS ou les Swiss GAAP FER selon leur choix de référentiel ; les sociétés non cotées suisses appliquent généralement les Swiss GAAP FER ou le Code des obligations (article 960a CO), qui consacre le principe de prudence et impose la comptabilisation à la valeur la plus basse entre coût d'acquisition et valeur de marché.
Aux États-Unis, la norme équivalente est ASC 350 et ASC 360 du FASB. Bien que techniquement distincte, elle partage avec IAS 36 le principe d'un test annuel obligatoire sur le goodwill et sur les actifs incorporels à durée indéfinie. Les différences résident principalement dans l'approche de calcul (test en une étape sous IFRS, en deux étapes ou une étape simplifiée sous US GAAP depuis 2017).
Pourquoi un test d'impairment rigoureux est-il critique
Le test de dépréciation remplit cinq fonctions économiques et juridiques qui justifient le temps et les ressources qui lui sont consacrés.
Premièrement, il assure la sincérité des comptes. Un bilan qui surévalue ses actifs présente une image trompeuse de la solidité financière de l'entreprise. Pour les actionnaires, les prêteurs et les contreparties commerciales, c'est l'intégrité même de l'information financière publiée qui est en jeu. Une absence de dépréciation injustifiée constitue, dans les cas les plus graves, un délit de présentation de comptes infidèles, sanctionné en France par l'article L242-6 du Code de commerce et en Suisse par l'article 152 du Code pénal.
Deuxièmement, il protège les dirigeants et les organes de direction. Un test d'impairment correctement mené et documenté constitue, pour le conseil d'administration et la direction générale, une démonstration de diligence raisonnable. En cas de retraitement ultérieur par l'auditeur ou par l'AMF, la traçabilité du test, la qualité des hypothèses retenues et l'indépendance de l'évaluateur le cas échéant deviennent les éléments défensifs principaux.
Troisièmement, il informe les décisions stratégiques. Un test d'impairment rigoureux fait apparaître les actifs sous-performants au regard de leur valeur comptable. C'est un signal opérationnel précieux qui peut conduire à des décisions de cession, de restructuration ou de réaffectation de capital. Le test ne sert pas qu'à éviter une catastrophe comptable : il révèle les zones de création et de destruction de valeur réelles au sein du groupe.
Quatrièmement, il satisfait les exigences réglementaires et d'audit. L'AMF en France, l'ESMA au niveau européen et la SIX Exchange Regulation en Suisse exercent une vigilance particulière sur la qualité des tests d'impairment publiés par les sociétés cotées. Les auditeurs (Big Four et autres) ont durci leurs exigences depuis 2020 sur la documentation des hypothèses de business plan, le calcul du taux d'actualisation et l'analyse de sensibilité.
Cinquièmement, il anticipe les opérations de M&A. Un test d'impairment qui révèle une faiblesse de valeur sur un actif ou un goodwill peut influencer la stratégie de cession future. Inversement, une absence de dépréciation crédible et documentée renforce la valorisation lors d'une transaction. Les acquéreurs potentiels examinent systématiquement, en due diligence financière, les tests d'impairment des derniers exercices pour identifier les risques cachés.
Comment se construit un test d'impairment
La méthodologie d'un test d'impairment sous IAS 36 ou FER 27 suit un séquencement strict en cinq étapes, dont chacune doit être documentée pour répondre aux exigences de l'auditeur externe.
La première étape consiste à identifier le périmètre du test. Pour les actifs individuels dont la valeur recouvrable peut être déterminée isolément, le test est mené actif par actif. Pour les actifs qui ne génèrent pas de flux de trésorerie indépendants — cas le plus fréquent dans une activité industrielle ou de services — le test est mené au niveau de l'unité génératrice de trésorerie (UGT), définie comme le plus petit groupe identifiable d'actifs générant des flux indépendants. Le goodwill, par construction, est toujours alloué à une ou plusieurs UGT au niveau auquel il est suivi pour les besoins de gestion interne. La définition correcte des UGT est l'étape la plus critique : un UGT trop large peut masquer une dépréciation, un UGT trop étroit peut en créer une artificielle.
La deuxième étape consiste à identifier les indices de dépréciation. La norme liste des indices externes (baisse significative de la valeur de marché, changement défavorable de l'environnement technologique, économique ou juridique, hausse des taux d'intérêt impactant le taux d'actualisation, capitalisation boursière inférieure à la valeur comptable des capitaux propres) et internes (obsolescence ou dommage physique, changement défavorable de l'usage prévu, performance économique inférieure aux prévisions). Pour le goodwill et les actifs incorporels à durée indéfinie, le test annuel est obligatoire indépendamment de la présence d'indices.
La troisième étape consiste à calculer la valeur recouvrable. Deux approches alternatives coexistent. La juste valeur diminuée des coûts de sortie s'appuie sur des données de marché observables (transactions comparables, multiples sectoriels, prix d'offres récentes) et reflète la valeur que retirerait l'entreprise d'une cession immédiate. La valeur d'utilité repose sur l'actualisation des flux de trésorerie futurs attendus de l'utilisation continue de l'actif, sur une période généralement limitée à cinq ans plus une valeur terminale. Le taux d'actualisation retenu est le coût moyen pondéré du capital (CMPC ou WACC) avant impôts, ajusté du risque spécifique de l'UGT lorsque celui-ci diffère du profil de risque global du groupe. La valeur recouvrable retenue est la plus élevée des deux.
La quatrième étape consiste à comparer la valeur recouvrable à la valeur comptable et, le cas échéant, à comptabiliser la dépréciation. Si la valeur recouvrable est inférieure à la valeur comptable, la différence est enregistrée en charge dans le compte de résultat. La dépréciation est d'abord imputée au goodwill alloué à l'UGT, puis aux autres actifs de l'UGT au prorata de leur valeur comptable. La dépréciation du goodwill est irréversible sous IAS 36 ; celle des autres actifs peut être reprise si la valeur recouvrable remonte ultérieurement.
La cinquième étape consiste à conduire une analyse de sensibilité et à documenter le test. La norme exige la divulgation, en annexe, des hypothèses clés (taux de croissance, taux d'actualisation, marge opérationnelle terminale) et de leur impact sur le résultat du test. L'analyse de sensibilité doit montrer quel niveau de variation des hypothèses ferait basculer le test de « pas de dépréciation » à « dépréciation requise ». Cette analyse est devenue, depuis 2020, le principal point de vigilance des auditeurs et régulateurs.
Quand mener un test d'impairment
Le calendrier d'un test d'impairment est déterminé à la fois par la nature des actifs concernés et par la présence d'indices de dépréciation.
Pour le goodwill et les immobilisations incorporelles à durée d'utilité indéfinie (marques, fichiers clients à durée indéfinie, droits perpétuels), le test est obligatoire annuellement, à la même date chaque année, indépendamment de tout indice de dépréciation. En pratique, la grande majorité des groupes mènent ce test à la date de clôture annuelle, généralement entre octobre et décembre selon le calendrier de consolidation.
Pour les autres actifs corporels et incorporels à durée d'utilité définie, le test est mené chaque fois qu'un indice de dépréciation est identifié. La revue des indices doit, elle, être effectuée à chaque clôture intermédiaire — semestrielle pour les sociétés cotées, annuelle pour les autres — afin de garantir qu'aucun indice n'a été ignoré.
Trois situations particulières méritent une attention spécifique. Premièrement, une chute durable de la capitalisation boursière en dessous de la valeur comptable des capitaux propres constitue un indice externe explicite cité par IAS 36 et déclenche un test obligatoire. Deuxièmement, une performance opérationnelle significativement inférieure au budget ou au business plan ayant servi de base à une acquisition récente constitue un indice interne fort. Troisièmement, une hausse marquée des taux d'intérêt — comme celle observée entre 2022 et 2024 — peut suffire, à elle seule, à dégrader la valeur d'utilité de nombreuses UGT et à déclencher un test ad hoc.
À qui faire appel
Le test d'impairment est, dans son principe, réalisé sous la responsabilité de la direction financière de l'entreprise. Pour les groupes disposant d'une équipe de contrôle financier étoffée et d'une expertise interne en évaluation, le test peut être mené entièrement en interne, sous la revue de l'auditeur externe. Pour les autres, le recours à un évaluateur indépendant devient nécessaire dans plusieurs configurations.
Le recours à un expert externe est recommandé lorsque le goodwill ou les actifs incorporels concernés représentent une part significative du bilan, lorsque l'UGT correspond à une activité acquise récemment et que le business plan d'acquisition doit être revu, lorsque l'auditeur signale une complexité méthodologique particulière, ou lorsque le test risque de déclencher une dépréciation significative susceptible d'être contestée par les actionnaires ou les autorités de marché.
Trois critères doivent guider le choix de l'évaluateur. Premièrement, l'indépendance vis-à-vis de l'entreprise et de ses parties prenantes — un évaluateur lié commercialement à l'auditeur ou aux conseils de la transaction d'acquisition initiale ne peut être considéré comme indépendant. Deuxièmement, l'expertise sectorielle et méthodologique sur la nature de l'UGT testée — un évaluateur généraliste qui ne maîtrise pas les drivers économiques du secteur produira un test fragile. Troisièmement, la capacité à interagir avec l'auditeur externe — un test bien construit mais incapable de soutenir le contradictoire avec le commissaire aux comptes est inutile.
Hectelion intervient sur les tests d'impairment IAS 36 et FER 27 pour les PME, ETI et sociétés cotées franco-suisses, en s'appuyant sur sa double expertise en évaluation d'entreprise et en analyse financière. La pratique du cabinet couvre la définition des UGT, la revue critique des business plans, le calcul du WACC ajusté du risque spécifique, la mise en œuvre des méthodes de valeur d'utilité et de juste valeur, l'analyse de sensibilité et la production du rapport méthodologique qui sera communiqué à l'auditeur externe. La méthodologie d'évaluation déployée est alignée sur les standards IVSC, IFRS et Swiss GAAP FER.
Avantages : sincérité documentée et anticipation des signaux de marché
Un test d'impairment rigoureusement conduit offre quatre avantages opérationnels qui dépassent largement la simple conformité comptable. Le premier avantage est la sincérité documentée des comptes : un test bien mené protège la direction et le conseil d'administration contre toute remise en cause ultérieure de l'image fidèle, et constitue un élément de preuve probant en cas de contrôle de l'auditeur, du commissaire aux comptes ou du régulateur (AMF, ESMA, SIX Exchange Regulation).
Le deuxième avantage est l'anticipation des signaux de marché : un test annuel rigoureux révèle, en amont d'une crise, les UGT dont la rentabilité s'écarte du business plan d'acquisition initial. Cette détection précoce permet d'agir sur le périmètre, la stratégie ou la structure financière avant que la dépréciation ne s'impose dans un contexte dégradé.
Le troisième avantage est la qualité du dialogue avec l'auditeur : un test documenté selon les standards IAS 36 et les attentes ESMA réduit les itérations de clôture, les ajustements de dernière minute et les réserves d'audit. Le quatrième avantage est la valeur informationnelle pour les investisseurs : une annexe d'impairment substantielle, avec analyse de sensibilité chiffrée, renforce la crédibilité de l'information financière publiée et la qualité de la communication financière.
Limites : asymétrie temporelle et sensibilité aux hypothèses
Le test d'impairment, malgré sa rigueur méthodologique, comporte quatre limites structurelles. La première limite est l'asymétrie temporelle : le test capture une photographie à la date de clôture, mais ne prédit pas les évolutions de marché ultérieures. Une dépréciation passée peut s'avérer excessive si les marchés se redressent, et inversement.
La deuxième limite est la sensibilité aux hypothèses : le résultat du test dépend fortement du taux d'actualisation retenu, du taux de croissance perpétuel et de la marge terminale. Une variation de 50 points de base sur le WACC peut suffire à faire basculer une UGT entre dépréciation et absence de dépréciation, ce qui rend l'analyse de sensibilité aussi importante que le résultat principal.
La troisième limite tient à la qualité du business plan support : un business plan trop optimiste préservé pour des raisons stratégiques ou commerciales fausse mécaniquement la valeur d'utilité. La quatrième limite est l'irréversibilité de la dépréciation du goodwill : une fois actée, elle ne peut être reprise même si la valeur recouvrable remonte. Ce caractère définitif impose une rigueur particulière dans la documentation du test et dans l'analyse des indices déclencheurs.
Les 5 erreurs à éviter
Erreur 1 : Recycler les hypothèses d'une année sur l'autre
Trop de directions financières reprennent, par confort, les hypothèses du test précédent sans les réinterroger à l'aune du contexte de marché. Cette pratique génère, à terme, des retraitements brutaux lorsqu'une dégradation prolongée des conditions économiques rend impossible de défendre l'absence de dépréciation. Chaque test annuel doit faire l'objet d'une revue actualisée des hypothèses macroéconomiques, sectorielles et opérationnelles.
Erreur 2 : Définir des UGT trop larges pour diluer les sous-performances
Une UGT trop large peut masquer une dépréciation localisée en l'absorbant dans un périmètre plus large. Cette pratique, parfois tolérée par le passé, est aujourd'hui examinée de près par les auditeurs et l'ESMA. La définition des UGT doit suivre strictement la logique de pilotage interne et la granularité du suivi du goodwill.
Erreur 3 : Sous-documenter l'analyse de sensibilité
Depuis 2020, l'analyse de sensibilité est devenue le principal point de vigilance des auditeurs et régulateurs. Un test qui présente une conclusion sans démontrer la robustesse de cette conclusion face à des variations raisonnables d'hypothèses sera systématiquement remis en cause. La sensibilité doit être chiffrée, présentée en annexe et faire ressortir les hypothèses critiques.
Erreur 4 : Ignorer les indices externes de dépréciation
Une chute durable de la capitalisation boursière sous la valeur comptable des capitaux propres, une hausse significative des taux d'intérêt, un retournement sectoriel — autant d'indices externes qui déclenchent un test obligatoire. Les ignorer expose l'entreprise à un retraitement et à une mise en cause de la sincérité des comptes.
Erreur 5 : Confondre indépendance commerciale et indépendance économique de l'évaluateur
Un évaluateur externe peut être juridiquement indépendant mais économiquement dépendant de l'entreprise (mission récurrente, part majoritaire du chiffre d'affaires, lien commercial avec l'auditeur ou les conseils). L'indépendance économique vérifiable est aujourd'hui exigée par les auditeurs Big Four et constitue un critère central de la valeur probante du test.
Cas 1 : Dépréciation d'un goodwill industriel français, perte 18 MCHF
Un groupe français coté de taille intermédiaire (CA consolidé 320 MCHF, capitalisation boursière 410 MCHF) a acquis en 2021 une PME industrielle allemande pour 95 MCHF, générant un goodwill consolidé de 42 MCHF alloué à l'UGT « Allemagne — Composants automobiles ». Le business plan d'acquisition reposait sur une croissance moyenne de 6 % par an, une marge d'EBITDA de 14 % à horizon 2025 et une part de marché de 8 % sur les segments visés.
À la clôture 2025, la performance réelle de l'UGT s'établit à 4 % de croissance moyenne, 9 % de marge d'EBITDA et 5 % de part de marché. Le retournement du marché automobile européen — bascule accélérée vers l'électrique, pression des constructeurs sur les fournisseurs de composants thermiques — a fait dérailler le business plan initial. La direction financière mandate un évaluateur indépendant pour mener le test d'impairment annuel obligatoire sur le goodwill.
La valeur comptable de l'UGT (immobilisations corporelles + incorporelles + goodwill + BFR) ressort à 87 MCHF. Deux approches sont déployées en parallèle. La juste valeur diminuée des coûts de sortie, calculée à partir de multiples sectoriels EV/EBITDA (4,5× à 5,5× observés sur des transactions récentes du segment composants automobiles), produit une fourchette de 58 à 72 MCHF. La valeur d'utilité, calculée par DCF sur un business plan révisé à cinq ans (croissance 3 %, marge stabilisée à 8,5 %) actualisé à un WACC ajusté de 10,2 %, produit une valeur de 69 MCHF. La valeur recouvrable retenue est de 72 MCHF (la plus élevée).
L'écart entre la valeur comptable (87 MCHF) et la valeur recouvrable (72 MCHF) génère une dépréciation de 15 MCHF, augmentée de 3 MCHF d'impôts différés actifs non récupérables, soit une charge totale de 18 MCHF enregistrée au compte de résultat 2025. La dépréciation est imputée d'abord au goodwill de 42 MCHF, qui se trouve réduit à 24 MCHF. L'analyse de sensibilité montre qu'une variation du WACC de 50 points de base entraînerait une variation de la valeur d'utilité de 4,1 MCHF — élément central de la documentation transmise à l'auditeur.
Cas 2 : Test FER 27 sur une marque suisse, pas de dépréciation requise
Une PME suisse de l'horlogerie haut de gamme (CA 38 MCHF, EBITDA 7,2 MCHF) a inscrit à son bilan, en 2018, une marque historique rachetée à un concurrent en difficulté pour 12 MCHF. La marque est traitée comme une immobilisation incorporelle à durée d'utilité indéfinie sous Swiss GAAP FER 27 et doit donc faire l'objet d'un test d'impairment annuel.
L'auditeur externe a signalé, dans son rapport de revue intermédiaire 2025, une vigilance particulière sur ce poste, compte tenu d'une légère dégradation de la marge brute de la PME et de la hausse du franc suisse pénalisant ses exportations. La direction mandate un évaluateur indépendant pour produire un test d'impairment rigoureusement documenté.
Deux approches sont mises en œuvre. La méthode des redevances (relief from royalty) calcule la valeur d'utilité de la marque comme la valeur actuelle des redevances que la PME aurait à payer à un tiers si elle ne possédait pas la marque. Un taux de redevance de 4,5 % du chiffre d'affaires, calibré sur des benchmarks sectoriels horlogerie suisse, est appliqué aux ventes prévisionnelles 2026-2030. Actualisée à un WACC de 8,8 %, la valeur d'utilité ressort à 15,3 MCHF. La méthode complémentaire de la juste valeur, calculée par multiples de transactions sur des marques d'horlogerie suisse mid-range, produit une fourchette de 11 à 14 MCHF.
La valeur recouvrable retenue est de 15,3 MCHF (valeur d'utilité, la plus élevée des deux). Elle excède la valeur comptable de 12 MCHF — aucune dépréciation n'est requise. L'analyse de sensibilité, présentée en annexe des comptes, montre que la dépréciation deviendrait nécessaire si le taux de redevance descendait en dessous de 3,5 % ou si le WACC dépassait 11 %. L'auditeur externe valide le test sans réserve, et la marque est maintenue à sa valeur comptable.
Mot du dirigeant
Le test d'impairment est l'un des exercices comptables les plus mal compris dans les PME et ETI. Trop souvent, il est traité comme une formalité de clôture, expédiée en quelques jours avec des hypothèses recyclées d'une année sur l'autre. C'est précisément cette approche qui finit par produire les retraitements brutaux et les contentieux avec les auditeurs.
Ce que nous observons sur le marché franco-suisse depuis 2023 : des dépréciations massives de goodwills logés depuis cinq à sept ans, des tests annuels qui s'effondrent au premier choc macroéconomique, et des directions financières prises au dépourvu par la vigilance croissante des auditeurs sur la documentation des hypothèses. La hausse des taux d'intérêt entre 2022 et 2024 a, à elle seule, déclenché plusieurs vagues de retraitements dont les marchés se souviennent.
Notre rôle d'évaluateur indépendant est d'apporter une rigueur méthodologique alignée sur IAS 36 et FER 27, mais aussi un regard de marché qui dépasse la pure mécanique comptable. Un test d'impairment bien fait protège les dirigeants, satisfait les auditeurs et révèle des signaux opérationnels précieux. Un test bâclé crée des risques que l'on découvre, hélas, toujours trop tard.
Aristide Ruot, Ph.D — Fondateur & CEO, Hectelion SA
FAQ : les 10 questions essentielles sur l'impairment testing
Introduction : ce qu'il faut retenir avant les questions
Le test d'impairment génère un nombre élevé de questions opérationnelles chez les directions financières, les comités d'audit et les conseils d'administration. Cette FAQ regroupe les dix interrogations les plus fréquentes, des choix méthodologiques (UGT, taux d'actualisation) aux contraintes pratiques (coût, calendrier, articulation avec les auditeurs). Les réponses ci-dessous synthétisent les exigences IAS 36 et Swiss GAAP FER 27 à 2026, à compléter par une analyse au cas par cas.
Q1 : Quelle est la différence entre IAS 36 et Swiss GAAP FER 27 ?
Les deux normes partagent le même principe fondamental — comparer la valeur comptable d'un actif à sa valeur recouvrable et reconnaître la différence en charge — mais FER 27 est sensiblement plus succincte qu'IAS 36 et laisse plus de marge d'appréciation aux préparateurs. IAS 36 impose un cadre méthodologique très détaillé sur les UGT, les hypothèses de business plan, le taux d'actualisation et les divulgations d'annexe. FER 27 reprend les principes mais sans le même niveau de prescription. En pratique, les groupes cotés à la SIX qui optent pour FER convergent souvent volontairement vers les standards IAS 36 pour rassurer les auditeurs et les investisseurs.
Q2 : Quels actifs sont concernés par le test d'impairment ?
Tous les actifs entrant dans le champ d'IAS 36 ou FER 27, à l'exclusion des actifs régis par des normes spécifiques (stocks, instruments financiers, impôts différés, immeubles de placement à la juste valeur, contrats de construction). Sont notamment concernés : immobilisations corporelles, immobilisations incorporelles à durée d'utilité définie et indéfinie, goodwill, participations dans des entreprises associées et coentreprises.
Q3 : Le test d'impairment est-il obligatoire chaque année ?
Pour le goodwill et les immobilisations incorporelles à durée d'utilité indéfinie, oui — le test est obligatoire annuellement, à date fixe, indépendamment de tout indice de dépréciation. Pour les autres actifs, le test est obligatoire seulement en présence d'un indice de dépréciation. Une revue des indices doit toutefois être effectuée à chaque clôture annuelle et intermédiaire.
Q4 : Une dépréciation du goodwill peut-elle être reprise ultérieurement ?
Non, jamais. La dépréciation du goodwill est définitive sous IAS 36 et FER 27, même si la valeur recouvrable de l'UGT remonte par la suite. Cette irréversibilité est une différence majeure avec la dépréciation des autres actifs, qui peut être reprise dans la limite de la valeur comptable qui aurait été obtenue sans dépréciation initiale.
Q5 : Quel taux d'actualisation retenir pour la valeur d'utilité ?
Le taux d'actualisation est le coût moyen pondéré du capital (CMPC ou WACC) avant impôts, ajusté pour refléter le risque spécifique de l'UGT testée si celui-ci diffère du profil de risque global du groupe. Le WACC se calcule à partir du coût des fonds propres (modèle CAPM avec bêta sectoriel, prime de risque marché et prime de taille) et du coût de la dette après impôts, pondérés selon la structure financière cible du groupe.
Q6 : Comment définir une UGT correctement ?
L'UGT est le plus petit groupe identifiable d'actifs générant des flux de trésorerie largement indépendants des flux d'autres actifs ou groupes d'actifs. La définition se fait en pratique en suivant la logique de pilotage interne du groupe (segments d'activité, business units, lignes de produits). Pour le goodwill, l'UGT est définie au niveau auquel le goodwill est suivi pour les besoins de gestion interne, sans pouvoir excéder un secteur opérationnel au sens d'IFRS 8.
Q7 : Combien coûte un test d'impairment indépendant ?
Le coût dépend de la complexité de l'UGT, du nombre d'UGT à tester, de la qualité du business plan disponible et de la criticité du test pour l'auditeur. Pour une PME avec une UGT et un goodwill simple, le coût varie entre 15 000 CHF et 40 000 CHF. Pour une ETI ou une société cotée avec plusieurs UGT, entre 40 000 CHF et 150 000 CHF. La valeur du test ne se mesure pas seulement à son coût direct : un test bien mené évite des retraitements, des conflits avec l'auditeur et des charges exceptionnelles non anticipées.
Q8 : Que se passe-t-il si la capitalisation boursière passe sous la valeur comptable des capitaux propres ?
Cette situation constitue, selon IAS 36, un indice externe explicite de dépréciation qui déclenche un test obligatoire sur tous les actifs concernés, y compris le goodwill. Le test peut conclure qu'aucune dépréciation n'est requise — la capitalisation boursière reflète parfois des facteurs court-terme déconnectés de la valeur recouvrable des actifs — mais il doit être conduit et documenté.
Q9 : Le test d'impairment peut-il être utilisé dans le cadre d'une cession ?
Indirectement, oui. Un test d'impairment récent et documenté constitue un point d'ancrage utile dans une négociation, notamment pour défendre une fourchette de valeur sur une UGT spécifique. Il ne se substitue toutefois pas à une évaluation d'entreprise dédiée à la transaction, qui mobilise des méthodologies et des sources d'hypothèses différentes.
Q10 : Hectelion intervient-il à la fois sous IAS 36 et FER 27 ?
Oui. Hectelion mène des tests d'impairment sous IAS 36 pour les groupes appliquant les IFRS (cotés ou non) et sous FER 27 pour les groupes appliquant les Swiss GAAP FER. Notre pratique couvre la définition des UGT, le calcul du WACC, la mise en œuvre des méthodes de valeur d'utilité et de juste valeur, l'analyse de sensibilité et la documentation destinée à l'auditeur externe. Échangeons 30 minutes en confidentialité pour cadrer votre prochain test.
Conclusion : l’impairment testing au service de la sincérité comptable
Le test de dépréciation des actifs n'est pas une formalité de clôture. C'est une procédure comptable structurante qui engage la sincérité des comptes, la responsabilité des dirigeants, la qualité de l'information financière publiée et, in fine, la confiance des actionnaires, des prêteurs et des marchés. Mal mené, il génère des retraitements brutaux, des conflits avec l'auditeur et des contentieux avec les parties prenantes. Bien mené, il protège les organes de direction, satisfait les exigences réglementaires et révèle des signaux opérationnels qui informent les décisions stratégiques.
L'environnement de 2026 — taux d'intérêt élevés, ralentissement de plusieurs secteurs cycliques, vague de M&A à digérer, vigilance accrue des auditeurs — rend la rigueur du test d'impairment plus critique que jamais. Pour les PME, ETI et sociétés cotées franco-suisses, le recours à un évaluateur indépendant disposant de l'expertise méthodologique et sectorielle requise est devenu une assurance raisonnable à un coût marginal. Hectelion SA intervient sur ce périmètre en France et en Suisse, sous IAS 36 et FER 27, avec une méthodologie alignée sur les standards IVSC et une indépendance économique vis-à-vis des intermédiaires financiers et des cabinets d'audit traditionnels.
Synthèse de l'article
Le test d'impairment est la procédure comptable qui force l'entreprise à comparer la valeur comptable de ses actifs à leur valeur recouvrable et à reconnaître toute perte de valeur sous-jacente. Codifié au niveau international par IAS 36 (IFRS) et en Suisse par Swiss GAAP FER 27, il s'applique à la majorité des actifs corporels et incorporels du bilan, à l'exclusion de ceux régis par des normes spécifiques.
Le test est obligatoire annuellement pour le goodwill et les immobilisations incorporelles à durée d'utilité indéfinie, et chaque fois qu'un indice de dépréciation est identifié pour les autres actifs. La méthodologie comporte cinq étapes : identification du périmètre et des UGT, revue des indices, calcul de la valeur recouvrable (la plus élevée entre juste valeur diminuée des coûts de sortie et valeur d'utilité), comparaison à la valeur comptable et comptabilisation de la dépréciation, analyse de sensibilité et documentation pour l'auditeur.
L'enjeu n'est pas seulement comptable. Un test mal mené expose les dirigeants à des retraitements, à des conflits avec l'auditeur, et potentiellement à une mise en cause de la sincérité des comptes. Un test bien mené protège les organes de direction, satisfait les régulateurs et révèle des signaux opérationnels précieux. Le coût d'un test indépendant — entre 15 000 CHF et 150 000 CHF selon la complexité — est marginal au regard des risques couverts.
Hectelion SA intervient sur les tests d'impairment IAS 36 et FER 27 pour les PME, ETI et sociétés cotées franco-suisses, avec une méthodologie alignée sur les standards IVSC et une indépendance économique vis-à-vis des cabinets d'audit traditionnels. Le cabinet couvre la définition des UGT, le calcul du WACC, les méthodes de valeur d'utilité et de juste valeur, l'analyse de sensibilité et la production du rapport méthodologique destiné à l'auditeur externe.
Sources
- IASB, IAS 36 — Dépréciation d'actifs, version révisée 2004 et amendements ultérieurs — ifrs.org
- Fondation pour les recommandations relatives à la présentation des comptes (FER), Swiss GAAP FER 27 — Dépréciation d'actifs — fer.ch
- Code des obligations suisse, article 960a — Principe de la valorisation au coût d'acquisition — fedlex.admin.ch
- FASB ASC 350 — Intangibles - Goodwill and Other et ASC 360 — Property, Plant, and Equipment — fasb.org
- International Valuation Standards Council (IVSC), International Valuation Standards 2024 — ivsc.org
- European Securities and Markets Authority (ESMA), Public Statements on Impairment of Non-Financial Assets — esma.europa.eu
- Autorité des marchés financiers (AMF), Recommandations annuelles arrêté des comptes — amf-france.org
- SIX Exchange Regulation, Communications relatives à l'évaluation des actifs — six-exchange-regulation.com
- Hectelion SA — Observation interne, pratique des tests d'impairment franco-suisses 2024-2026
Auteur
Aristide Ruot, Ph.D.
Fondateur | Directeur Général, Hectelion SA




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