Prix de transfert : Définition, principe de pleine concurrence et usage intra-groupe
Principe de pleine concurrence, cinq méthodes OCDE et analyse DEMPE, en France et en Suisse.

Introduction : le prix de transfert, la règle qui gouverne les échanges entre entités liées
Quand une filiale française achète des produits à sa maison mère suisse, paie une redevance de marque ou reçoit des services centraux facturés par le groupe, à quel prix ces échanges doivent-ils se faire ? Le prix de transfert est le prix des transactions entre entités d'un même groupe, et sa règle fondatrice est le principe de pleine concurrence, ce prix qu'auraient retenu des entreprises indépendantes. Ce n'est pas un sujet réservé aux multinationales géantes : dès qu'un groupe possède des entités dans plusieurs pays, ou même parfois dans un seul, il fixe des prix de transfert, souvent sans le savoir.
« Lorsque les deux entreprises sont, dans leurs relations commerciales ou financières, liées par des conditions convenues ou imposées qui diffèrent de celles qui seraient convenues entre des entreprises indépendantes, les bénéfices peuvent être inclus dans les bénéfices de cette entreprise et imposés en conséquence. », article 9 du Modèle de convention fiscale de l'OCDE.
L'enjeu de 2026 tient à trois évolutions convergentes. Premièrement, les administrations fiscales ont renforcé leurs exigences de documentation et de cohérence, en France comme en Suisse. Deuxièmement, l'analyse DEMPE de l'OCDE a rendu la substance plus déterminante que la forme juridique, en particulier pour les incorporels. Troisièmement, une directive européenne d'harmonisation des prix de transfert est en discussion, qui pourrait uniformiser les pratiques. Cet article pose la définition, l'origine, les motivations, les méthodes, le contenu d'un rapport de prix de transfert, les cas d'application, les avantages et les limites, les cinq erreurs à éviter, deux cas chiffrés, un mot du dirigeant, une FAQ de dix questions et une synthèse opérationnelle.
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Définition : qu'est-ce que le prix de transfert ?
Le prix de transfert désigne le prix auquel une entité d'un groupe vend un bien, rend un service, prête des fonds ou concède un droit à une autre entité du même groupe. Parce que les deux parties sont liées, ce prix n'est pas fixé par un marché, mais décidé en interne. Le risque est évident : en gonflant ou en minorant ces prix, un groupe pourrait déplacer artificiellement ses bénéfices vers les pays à faible imposition. Pour l'empêcher, la règle internationale impose que le prix intra-groupe soit celui de la pleine concurrence, c'est-à-dire le prix qu'auraient convenu des entreprises indépendantes dans des circonstances comparables.
Le champ est très large. Il couvre les ventes de marchandises, les prestations de services, les redevances sur marques et brevets, les prêts et garanties financiers, la mise à disposition de personnel ou l'usage d'un actif incorporel. Chaque flux entre entités liées est un prix de transfert potentiel, qui doit pouvoir être justifié. Le prix de transfert n'est donc pas une technique d'optimisation en soi, mais une obligation de cohérence : facturer entre sociétés d'un groupe comme on facturerait à un tiers.
Origine : du principe de pleine concurrence de l'OCDE aux travaux BEPS
Le principe de pleine concurrence figure à l'article 9 du Modèle de convention fiscale de l'OCDE depuis des décennies et irrigue les conventions bilatérales qui évitent la double imposition. Les Principes applicables en matière de prix de transfert, publiés et régulièrement mis à jour par l'OCDE, en donnent la traduction opérationnelle, méthode par méthode. Ils constituent la référence commune des administrations, y compris de celles, comme la Suisse, qui n'ont pas de loi dédiée.
Le tournant récent est le projet BEPS, contre l'érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices, conduit par l'OCDE et le G20 et publié en 2015. Il a introduit deux avancées majeures désormais intégrées à l'édition 2022 des Principes. D'une part, l'analyse DEMPE, qui rattache le rendement d'un incorporel aux entités qui exercent réellement les fonctions clés, et non à son seul propriétaire juridique. D'autre part, une documentation à trois niveaux, fichier principal, fichier local et déclaration pays par pays, qui donne aux administrations une vue d'ensemble des groupes. La logique d'ensemble tient en une phrase : les bénéfices doivent être imposés là où la valeur est réellement créée.
Pourquoi le prix de transfert est un enjeu pour tout groupe
Premièrement, la sécurité fiscale. Un prix de transfert mal justifié expose à un redressement dans un pays, sans garantie de correction symétrique dans l'autre, donc à une double imposition. C'est le risque financier numéro un des groupes internationaux.
Deuxièmement, la conformité documentaire. Au-delà de certains seuils, la documentation est obligatoire, et son absence est sanctionnée en tant que telle, indépendamment du bien-fondé des prix. Ne pas documenter coûte cher, même quand les prix sont justes.
Troisièmement, la prévisibilité. Une politique de prix de transfert claire et stable évite les litiges, facilite les relations avec les administrations et sécurise la planification financière du groupe.
Quatrièmement, la cohérence économique. Aligner les prix internes sur la contribution réelle de chaque entité rend la répartition des profits défendable et limite les frictions entre filiales.
Cinquièmement, la préparation des opérations. Lors d'une réorganisation, d'une acquisition ou d'une cession, la politique de prix de transfert et la valeur des actifs transférés sont examinées de près, et une base solide évite de mauvaises surprises.
Comment se détermine un prix de transfert : les cinq méthodes de l'OCDE
L'OCDE reconnaît cinq méthodes, réparties en deux familles. Les méthodes traditionnelles comparent directement des prix ou des marges. Les méthodes transactionnelles de bénéfices comparent la rentabilité. Le choix dépend de la nature de la transaction, de la disponibilité de comparables et de la fonction exercée par chaque entité. Aucune méthode n'est supérieure dans l'absolu : on retient la plus adaptée, celle qui offre les comparables les plus fiables.
| Méthode OCDE | Principe | Usage typique |
|---|---|---|
| Prix comparable sur le marché libre (CUP) | Comparer le prix intra-groupe à celui d'une transaction indépendante identique | Matières premières, produits cotés, redevances comparables |
| Prix de revente | Partir du prix de revente au client, diminué d'une marge de distribution de marché | Distributeurs qui revendent sans transformation |
| Prix de revient majoré (cost plus) | Ajouter une marge de marché aux coûts supportés par le fournisseur | Prestations de services, fabrication à façon |
| Marge nette transactionnelle (TNMM) | Comparer la marge nette de l'entité testée à celle de sociétés indépendantes | Cas fréquent quand les comparables de prix manquent |
| Partage des bénéfices (profit split) | Répartir le profit combiné selon les contributions de chaque entité | Incorporels uniques, activités très intégrées |
Que contient un rapport de prix de transfert : Master File, Local File et analyse DEMPE
La documentation issue du projet BEPS s'organise en trois niveaux complémentaires, que tout groupe atteignant les seuils doit préparer. Le fichier principal, le Master File, donne une vue d'ensemble du groupe : sa structure, ses activités, ses incorporels et sa politique de prix de transfert. Le fichier local, le Local File, détaille les transactions de chaque entité, l'analyse fonctionnelle, le choix de la méthode et l'étude de comparables qui justifie les prix. La déclaration pays par pays, le Country-by-Country Reporting, réservée aux grands groupes, agrège les chiffres clés, chiffre d'affaires, bénéfices et impôts, pays par pays.
| Document | Contenu | Portée |
|---|---|---|
| Fichier principal (Master File) | Vue d'ensemble du groupe, incorporels, politique de prix | Groupe entier |
| Fichier local (Local File) | Transactions locales, analyse fonctionnelle, méthode, comparables | Entité par pays |
| Déclaration pays par pays (CbCR) | Chiffre d'affaires, bénéfices et impôts par juridiction | Grands groupes uniquement |
La valorisation des actifs ou des éléments transférés constitue le socle de ces trois documents. Chaque prix inscrit dans le fichier local, chaque redevance retenue, chaque flux refacturé repose sur une valeur défendable, établie selon une méthode financière reproductible, cost approach, market approach ou income approach selon la nature de l'actif. Sans cette brique de valorisation indépendante, le fichier local documente une méthode choisie sans preuve que le prix retenu correspond réellement à la pleine concurrence : c'est elle qui transforme une déclaration d'intention en position défendable devant l'administration.
À ces documents s'ajoute, pour les incorporels, l'analyse DEMPE, du nom des cinq fonctions, développement, amélioration, maintenance, protection et exploitation. Elle établit quelle entité exerce et contrôle réellement ces fonctions, et donc à qui doit revenir le rendement de la marque ou du brevet. C'est le cœur de la justification d'une redevance intra-groupe, sujet que nous approfondissons dans notre analyse dédiée du prix de transfert des actifs incorporels. Le rôle de l'évaluateur indépendant est de fournir la brique de valeur et le taux de pleine concurrence sur lesquels cette documentation s'appuie.
Quand le prix de transfert s'applique
Le prix de transfert s'applique dès qu'existent des transactions entre entités liées franchissant une frontière fiscale. Cela vise les ventes de biens entre une maison mère et ses filiales, les services centraux facturés par le siège, les redevances de marque ou de brevet, les prêts et garanties intra-groupe, ou encore la refacturation de coûts partagés. Il concerne aussi, dans certains pays, des transactions purement domestiques entre entités liées.
Contrairement à une idée répandue, il ne vise pas que les grands groupes. Une PME qui détient une filiale à l'étranger, ou une holding qui facture des prestations à ses filiales, est concernée, même si ses obligations documentaires sont allégées en dessous des seuils. Le sujet devient particulièrement sensible lors d'une réorganisation, d'une migration d'incorporel, d'un contrôle fiscal ou d'une opération de cession, où la cohérence des prix et la valeur des actifs sont examinées, un point que nous traitons aussi sous l'angle des différences entre la France et la Suisse.
À qui faire appel
Trois compétences se combinent sur un dossier de prix de transfert. La première est fiscale et juridique : définir la stratégie, préparer la documentation et gérer la relation avec l'administration, rôle des avocats et conseils fiscaux. La deuxième est économique et financière : établir la valeur des actifs et des flux, construire l'étude de comparables et modéliser les taux de pleine concurrence. La troisième est la connaissance concrète des juridictions concernées, ici la France et la Suisse, dont les cadres diffèrent nettement.
Hectelion intervient sur le second volet, comme cabinet boutique indépendant, en appui de vos conseils fiscaux. Notre rôle n'est pas de rédiger la documentation de prix de transfert ni de délivrer le conseil fiscal, mais de fournir l'évaluation économique indépendante et défendable, la valeur des incorporels et le taux de redevance de pleine concurrence, selon une méthodologie multi-méthodes alignée sur les standards IVSC et les Principes de l'OCDE. Nous accompagnons des groupes et des transactions de 2 à 500 MCHF, en toute indépendance vis-à-vis des intermédiaires financiers traditionnels. En amont, une due diligence financière ciblée fiabilise les données sur lesquelles repose la valorisation.
Avantages : sécurité, cohérence, prévisibilité
Le premier avantage d'une politique de prix de transfert bien construite est la sécurité : elle réduit le risque de redressement et de double imposition, et facilite l'obtention d'accords préalables avec les administrations. Le deuxième est la cohérence : en alignant les prix internes sur la réalité des fonctions et des risques, le groupe rend sa répartition des profits lisible et défendable dans chaque pays. Le troisième est la prévisibilité : une méthode stable, documentée et appliquée d'année en année évite les litiges coûteux et sécurise la planification financière. Bien conduite, la démarche transforme une contrainte réglementaire en un cadre de gestion clair.
Limites : complexité, documentation, contrôle
La première limite est la complexité. Le prix de transfert mobilise du droit fiscal, de la finance et de l'analyse de comparables, avec des règles qui varient d'un pays à l'autre malgré le socle commun de l'OCDE. La deuxième limite est le coût de la documentation, qui pèse proportionnellement plus sur les groupes de taille moyenne, alors même que les grands groupes disposent d'équipes dédiées.
La troisième limite est l'intensité du contrôle. Les prix de transfert sont l'un des premiers postes vérifiés lors d'un contrôle fiscal international, et l'incertitude propre aux comparables et aux incorporels laisse une marge d'appréciation aux administrations. À cela s'ajoute une réglementation mouvante, avec une proposition de directive européenne encore en négociation. Une politique de prix de transfert doit donc être revue périodiquement, à mesure que le cadre et la jurisprudence évoluent.
Les 5 erreurs à éviter
Erreur 1 : Confondre prix de transfert et évasion fiscale
Le prix de transfert n'est pas en soi une pratique d'évasion, c'est une obligation de cohérence. Facturer entre sociétés d'un groupe comme on facturerait à un tiers est parfaitement légitime. L'abus commence seulement lorsque les prix sont manipulés pour déplacer artificiellement les bénéfices. Aborder le sujet avec un a priori de suspicion conduit à de mauvaises décisions.
Erreur 2 : Négliger la documentation
Au-delà des seuils, l'absence de fichier principal et de fichier local est sanctionnée en tant que telle, indépendamment du bien-fondé des prix. Beaucoup de groupes se croient en règle parce que leurs prix sont justes, mais se font pénaliser faute de documentation. Le document n'est pas une formalité, c'est la preuve.
Erreur 3 : Appliquer un prix sans étude de comparables
Un prix ou une marge choisi par habitude, sans référence à des transactions indépendantes comparables, ne résiste pas au contrôle. La sélection et l'ajustement des comparables sont le cœur de la démonstration. Un chiffre sans comparables est un chiffre sans défense.
Erreur 4 : Ignorer la substance au profit du seul montage juridique
Depuis BEPS, loger un incorporel ou une fonction dans une entité au seul motif de son statut juridique ne suffit plus. L'analyse DEMPE rattache le rendement aux entités qui exercent réellement les fonctions et contrôlent les risques. Une entité sans substance ne perçoit qu'un rendement de financement, jamais le profit résiduel.
Erreur 5 : Oublier la cohérence pluriannuelle et entre juridictions
Un prix de transfert n'est pas un exercice ponctuel. Il doit être cohérent d'une année sur l'autre et symétrique entre les pays concernés, faute de quoi une administration ajuste sans que l'autre corrige, ce qui crée une double imposition. La jurisprudence suisse rappelle d'ailleurs que la pleine concurrence s'apprécie année par année.
Cas 1 : une prestation de services intra-groupe facturée au prix de revient majoré
Une maison mère suisse assure des services centraux, direction financière, systèmes d'information et fonctions support, au profit de sa filiale française. Comment facturer ces services de façon défendable ? La transaction ne porte ni sur un bien coté ni sur un incorporel unique, mais sur des prestations dont le coût est identifiable. La méthode adaptée est le prix de revient majoré, qui ajoute aux coûts supportés par le prestataire une marge de marché.
Les coûts directs et indirects rattachables à ces services s'élèvent à 2 000 000 CHF. Une étude de comparables sur des prestataires de services indépendants situe la marge de pleine concurrence à 5 %. La facturation intra-groupe ressort donc à 2 100 000 CHF pour l'exercice. Ce montant est déductible chez la filiale française et imposable chez la mère suisse, à condition que les coûts soient réels, correctement rattachés et que la marge soit documentée par des comparables. Une facturation forfaitaire sans base de coûts ni marge justifiée serait, elle, exposée à un redressement.
Cas 2 : une redevance de marque intra-groupe de 2 %
La même filiale française exploite la marque du groupe, développée et détenue par une société suisse. Elle doit verser une redevance de pleine concurrence pour cet usage. La méthode retenue est celle du prix comparable, appuyée sur des contrats de licence du secteur, qui situe le taux à 2 % du chiffre d'affaires réalisé sous la marque. Sur un chiffre d'affaires de 20 000 000 EUR, la redevance annuelle s'établit à 400 000 EUR.
Deux conditions encadrent ce résultat. D'abord, l'analyse DEMPE : la société suisse ne perçoit légitimement cette redevance que si elle développe, protège et gère réellement la marque, avec la substance correspondante. Ensuite, la valeur de la marque elle-même, qui fonde à la fois le taux et un éventuel transfert, doit être établie par une évaluation indépendante, généralement par la méthode de la redevance évitée. Nous détaillons cette valorisation dans notre publication sur l'évaluation de marque, et son sécurisation par un ruling lorsque l'enjeu le justifie.
Mot du dirigeant
« Le prix de transfert souffre d'un malentendu. Beaucoup de dirigeants l'associent à l'optimisation agressive des multinationales, alors que c'est d'abord une obligation de bon sens : facturer à sa filiale comme on facturerait à un tiers. Dès qu'un groupe a une entité à l'étranger, il est concerné. »
« Je constate deux réflexes coûteux. Certains ne documentent rien, persuadés que leurs prix sont justes, et se font pénaliser sur la seule absence de dossier. D'autres bâtissent des montages juridiques sophistiqués sans substance réelle, et l'analyse DEMPE les rattrape. La bonne pratique est inverse : de la substance, des comparables, et une documentation propre. »
« Notre place est précise. Nous ne remplaçons pas le fiscaliste, nous lui donnons la valeur économique indépendante qui tient devant un contrôle, en France comme en Suisse. Un taux de redevance étayé, une valeur d'actif reproductible, alignés sur l'OCDE. C'est cette brique qui transforme un risque en position défendable. »
Aristide Ruot, Ph.D.
Fondateur | Directeur Général, Hectelion SA
FAQ : les 10 questions essentielles sur le prix de transfert
Introduction : ce qu'il faut retenir avant les questions
Le prix de transfert obéit à une logique simple à énoncer : facturer entre entités liées au prix de pleine concurrence, le justifier par des comparables et le documenter. Les questions suivantes répondent aux interrogations les plus fréquentes des dirigeants et des directions financières des groupes actifs en France et en Suisse.
Q1 : Qu'est-ce que le prix de transfert en termes simples ?
C'est le prix auquel deux sociétés d'un même groupe échangent un bien, un service, un financement ou un droit. Comme elles sont liées, ce prix doit être fixé comme s'il s'agissait de partenaires indépendants, c'est le principe de pleine concurrence.
Q2 : Qu'est-ce que le principe de pleine concurrence ?
C'est la règle selon laquelle une transaction entre entités liées doit être facturée au prix qu'auraient convenu des entreprises indépendantes dans des conditions comparables. Elle figure à l'article 9 du Modèle de convention de l'OCDE et fonde tout le dispositif des prix de transfert.
Q3 : Quelles sont les cinq méthodes de prix de transfert de l'OCDE ?
Le prix comparable sur le marché libre, le prix de revente, le prix de revient majoré, la marge nette transactionnelle et le partage des bénéfices. Le choix dépend de la transaction et des comparables disponibles, aucune méthode n'étant supérieure dans l'absolu.
Q4 : Qu'est-ce que le Master File et le Local File ?
Le fichier principal, ou Master File, présente le groupe dans son ensemble, sa structure, ses incorporels et sa politique de prix. Le fichier local, ou Local File, détaille les transactions de chaque entité, l'analyse fonctionnelle, la méthode retenue et l'étude de comparables. Les deux forment la documentation de base exigée au-delà des seuils.
Q5 : Qu'est-ce que la déclaration pays par pays (CbCR) ?
C'est un état, réservé aux grands groupes dépassant un seuil de chiffre d'affaires consolidé, qui récapitule pays par pays le chiffre d'affaires, le bénéfice et l'impôt. Elle donne aux administrations une vision agrégée pour repérer les incohérences, mais ne remplace pas les fichiers principal et local.
Q6 : Qu'est-ce que l'analyse DEMPE ?
DEMPE désigne les cinq fonctions liées à un incorporel : développement, amélioration, maintenance, protection et exploitation. Elle détermine quelle entité, exerçant réellement ces fonctions, est fondée à percevoir le rendement de l'incorporel, au-delà de la seule propriété juridique.
Q7 : Le prix de transfert concerne-t-il les PME ou seulement les multinationales ?
Il concerne tout groupe ayant des transactions entre entités liées, y compris une PME avec une filiale à l'étranger ou une holding qui facture ses filiales. Les obligations documentaires sont allégées en dessous des seuils, mais le principe de pleine concurrence, lui, s'applique à tous.
Q8 : Comment la Suisse encadre-t-elle les prix de transfert ?
La Suisse n'a pas de loi dédiée, mais applique la pleine concurrence via l'article 58 de la loi fédérale sur l'impôt fédéral direct, au titre des prestations appréciables en argent, et se réfère aux Principes de l'OCDE. La documentation formelle y est moins lourde qu'en France, et la pratique du ruling cantonal est développée.
Q9 : Quels risques en cas de prix de transfert incorrect ?
Un redressement du bénéfice imposable, des pénalités, des intérêts de retard et, faute de correction dans l'autre pays, une double imposition. L'absence de documentation est en outre sanctionnée pour elle-même, indépendamment du bien-fondé des prix.
Q10 : Qui doit établir la documentation de prix de transfert ?
La responsabilité incombe au groupe, qui s'appuie sur ses conseils fiscaux pour la stratégie et la documentation, et sur un évaluateur indépendant pour la valeur des actifs et les taux de pleine concurrence. Cette séparation des rôles renforce la force probante de l'ensemble.
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Conclusion : facturer entre entités liées comme entre indépendants
Le prix de transfert n'est ni une technique d'optimisation ni un sujet réservé aux multinationales. C'est l'application d'un principe unique, la pleine concurrence, à tous les échanges entre entités d'un même groupe : facturer en interne comme on facturerait à un tiers. Sa maîtrise repose sur trois piliers, une méthode adaptée choisie parmi les cinq de l'OCDE, une documentation à jour composée du fichier principal, du fichier local et, pour les grands groupes, de la déclaration pays par pays, et une substance réelle, que l'analyse DEMPE vient vérifier pour les incorporels. Pour un groupe actif en France et en Suisse, la sécurité passe par des prix justifiés par des comparables, une valeur d'actif établie par un évaluateur indépendant, et une cohérence maintenue dans le temps et entre juridictions.
Synthèse de l'article
Le prix de transfert est le prix des transactions entre entités d'un même groupe, soumis au principe de pleine concurrence de l'article 9 du Modèle de convention de l'OCDE. Il couvre les biens, les services, les financements et les incorporels, et concerne tout groupe ayant des entités liées, PME comprises. Cinq méthodes permettent de le déterminer : prix comparable, prix de revente, prix de revient majoré, marge nette transactionnelle et partage des bénéfices.
La conformité repose sur une documentation à trois niveaux issue du projet BEPS, le fichier principal, le fichier local et la déclaration pays par pays, dont la valorisation des actifs et des flux transférés constitue le socle, complétée pour les incorporels par l'analyse DEMPE, qui rattache le rendement aux entités exerçant réellement les fonctions clés. Les deux cas chiffrés l'illustrent : des services centraux facturés au prix de revient majoré, 2 000 000 CHF de coûts majorés de 5 %, soit 2 100 000 CHF, et une redevance de marque de 2 % sur un chiffre d'affaires de 20 000 000 EUR, soit 400 000 EUR, sous réserve de substance et d'une valeur documentée.
La réussite tient à la séparation des rôles : le conseil fiscal pour la stratégie et la documentation, l'évaluateur indépendant pour la valeur des actifs et les taux de pleine concurrence. Hectelion apporte cette brique de valeur défendable, en France comme en Suisse, pour des groupes et des transactions de 2 à 500 MCHF, en toute indépendance vis-à-vis des intermédiaires financiers traditionnels.
Sources
- Administration fédérale des contributions (AFC), application du principe de pleine concurrence et pratique suisse des prix de transfert
- Commission européenne, proposition d'un cadre harmonisé des prix de transfert dans l'Union
- Commission européenne, texte de la proposition de directive sur les prix de transfert (paquet BEFIT, 2023)
- EY, nouvelles orientations suisses en matière de prix de transfert
- Fedlex, loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD), article 58 sur le bénéfice net imposable
- Légifrance, Code général des impôts, article 57 sur les prix de transfert entre entreprises liées
- OCDE, Principes applicables en matière de prix de transfert 2022, méthodes, documentation et analyse DEMPE
- OCDE, projet BEPS et documentation à trois niveaux (fichier principal, fichier local, déclaration pays par pays)
Auteur
Aristide Ruot, Ph.D.
Fondateur | Directeur Général, Hectelion SA

