Dette privée (private credit) : Financer une acquisition de PME quand la banque se retire
Financer le rachat d'une PME par un fonds de dette quand la banque ne suit plus

Introduction : quand la banque ne suit plus, qui finance le rachat de votre PME ?
Vous tenez une cible, un prix, un calendrier. Reste le financement. Et la banque, cette fois, hésite : levier jugé trop élevé, secteur cyclique, dossier de reprise qui sort de ses grilles. Depuis quelques années, une réponse s'est imposée à côté du crédit bancaire, la dette privée, ou private credit : des fonds spécialisés qui prêtent directement aux entreprises pour financer une acquisition, un LBO ou un build-up. Le marché mondial du private credit dépassait 2 000 milliards de dollars en 2025, et il continue de croître à mesure que les banques se retirent du financement à levier des PME.
« Le développement de la dette privée redessine le paysage du crédit et le financement des entreprises. », Banque de France.
Trois forces convergent en 2026. Premièrement, la finalisation de Bâle III renchérit le capital que les banques doivent immobiliser sur les prêts à levier, donc elles en accordent moins. Deuxièmement, les fonds de dette ont levé des montants record et cherchent à les déployer, souvent sur le segment mid-market où opèrent les PME. Troisièmement, les vendeurs veulent de la certitude d'exécution, et un fonds qui décide vite vaut parfois mieux qu'un pool bancaire qui traîne. Cet article définit la dette privée, retrace son origine, explique pourquoi et comment y recourir, détaille sa boîte à outils, dit quand la déclencher, expose le piège suisse de l'impôt anticipé, puis livre avantages, limites, cinq erreurs, deux cas chiffrés franco-suisses et dix questions clés.
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Définition : qu'est-ce que la dette privée (private credit) ?
La dette privée désigne le financement par dette accordé directement par des fonds spécialisés, en dehors du circuit bancaire classique et des marchés obligataires cotés. Un fonds de dette collecte l'argent d'investisseurs institutionnels, puis le prête à des entreprises non cotées, le plus souvent pour financer une acquisition, un LBO, un build-up ou une recapitalisation. À la différence d'un prêt bancaire, le prêteur n'est pas une banque de dépôt mais un gérant d'actifs, ce qui change tout : appétit pour le risque plus élevé, levier supérieur, structuration sur mesure, mais coût plus cher et exigences de rendement propres.
Cette dette prend plusieurs formes, de la dette unitranche à la mezzanine, en passant par la dette senior directe. Le point commun : un dialogue direct entre l'emprunteur et un ou quelques prêteurs, sans l'intermédiation d'un syndicat bancaire large. Pour un dirigeant, la dette privée n'est ni un pis-aller ni un miracle, c'est un outil de plus dans le plan de financement d'une reprise, à comparer froidement au crédit bancaire.
Origine : de la marge des banques à une classe d'actifs à part entière
La dette privée n'est pas née d'hier, mais elle a changé d'échelle. Après la crise financière de 2008, les banques ont réduit leur exposition au financement à levier sous la pression réglementaire, et un vide s'est ouvert sur le financement des PME et des opérations de reprise. Des fonds, souvent adossés à des maisons de private equity, s'y sont engouffrés en prêtant directement, d'abord aux États-Unis, puis en Europe. Ce qui était un financement de niche est devenu une classe d'actifs institutionnelle, avec ses gérants dédiés, ses standards et ses milliers de milliards sous gestion.
En Europe continentale, et particulièrement en France et en Suisse, le mouvement est plus récent mais réel. La finalisation du cadre de Bâle III, qui alourdit le coût en capital des prêts risqués pour les banques, accélère la bascule d'une partie du financement d'acquisition vers les fonds de dette. La Banque de France elle-même documente cette recomposition du paysage du crédit. Pour les PME franco-suisses, cela signifie une chose : une source de financement supplémentaire, à condition d'en maîtriser les codes et les pièges.
Pourquoi financer une acquisition par la dette privée
Premièrement, le levier. Un fonds de dette accepte souvent un endettement supérieur à celui d'une banque, parfois 4 à 5 fois l'EBITDA quand la banque s'arrête à 2,5 ou 3 fois, ce qui permet de boucler une acquisition que la banque refuserait. Deuxièmement, la vitesse et la certitude d'exécution : un fonds décide avec un comité resserré, sans la lourdeur d'un pool bancaire, atout décisif face à un vendeur qui veut signer. Troisièmement, la flexibilité de structure : remboursement in fine plutôt qu'amortissement, tranche non tirée réservée pour de futures acquisitions, coupon partiellement capitalisé pour préserver la trésorerie.
Quatrièmement, la dette privée épouse la logique du build-up : un acquéreur en série peut sécuriser une ligne d'acquisition dédiée et tirer les fonds au fil des cibles, sans renégocier à chaque fois. Cinquièmement, elle libère l'actionnaire d'un besoin d'apport en fonds propres trop lourd, en finançant une part supérieure du prix par la dette, ce qui améliore le rendement des capitaux investis. En contrepartie, ce financement coûte plus cher et impose une discipline de trésorerie sans faille. La dette privée n'est donc pas gratuite, elle est stratégique.
Comment se construit un financement en dette privée
La démarche est méthodique. La première étape est la mesure de la capacité d'endettement, à partir d'un EBITDA normalisé crédible : c'est lui, et non le résultat comptable brut, qui fixe le levier soutenable. La deuxième étape est le calibrage du levier lui-même, exprimé en multiple de dette nette sur EBITDA, aligné sur les multiples sectoriels et la génération de cash. La troisième étape est la vérification que les flux couvrent le service de la dette, mesurée par le DSCR.
Concrètement, un fonds de dette regarde cinq métriques avant de prêter. Le levier, dette nette rapportée à l'EBITDA, qui dit combien de fois les résultats couvrent l'endettement. Le DSCR, flux de trésorerie disponible rapporté au service de la dette, qui doit rester au-dessus de 1,1 à 1,3 fois. L'ICR, ou couverture des intérêts, EBITDA rapporté aux intérêts, souvent exigé au-dessus de 2 fois. Le FCCR, qui élargit la couverture à toutes les charges fixes, loyers compris. Enfin le coussin d'equity, la part de fonds propres apportée par l'actionnaire, gage de son engagement. La quatrième étape est la documentation des covenants, la cinquième la due diligence et la quality of earnings exigées par le prêteur, la sixième la négociation du coût et des sûretés.
La boîte à outils du private credit
La dette privée n'est pas un instrument unique mais une gamme, qu'un bon montage combine selon le profil de l'opération et la trésorerie disponible. Voici les briques les plus courantes pour financer une acquisition de PME.
- Unitranche. Une seule tranche qui fusionne dette senior et junior, portée par un prêteur unique, généralement remboursée in fine. Simple, rapide, souvent 3,5 à 5 fois l'EBITDA. La brique de base du financement d'acquisition mid-market.
- Dette senior secured. Premier rang, assortie de sûretés, amortissante ou in fine. La moins chère, mais la plus disciplinée en covenants.
- Second lien. Subordonnée en rang de sûreté à la senior, plus chère, pour ajouter du levier sans diluer l'actionnaire.
- Mezzanine. Dette subordonnée à coupon élevé, souvent assortie d'un equity kicker (warrants). Le pont entre la dette et les fonds propres.
- PIK (payment-in-kind). Intérêts capitalisés au lieu d'être payés en cash, ce qui préserve la trésorerie au prix d'une dette qui grossit. Puissant, mais à manier avec prudence.
- Delayed-draw term loan. Une tranche non tirée, réservée pour financer de futures acquisitions dans un build-up, contre une ticking fee sur la part non utilisée.
À ces briques s'ajoute souvent le crédit-vendeur, qui complète le tour de table et aligne le cédant sur la réussite de la reprise.
Quand recourir à la dette privée
La dette privée s'impose d'abord quand la banque dit non ou trop peu : levier insuffisant pour boucler le prix, secteur jugé risqué, dossier de reprise atypique. Elle est également indiquée quand la vitesse prime, face à un vendeur pressé ou un processus compétitif où la certitude de financement fait la différence. Elle convient particulièrement aux stratégies de build-up, où une ligne d'acquisition dédiée évite de renégocier à chaque cible, et aux situations où l'actionnaire veut limiter son apport en fonds propres pour préserver son rendement.
À l'inverse, quand la banque suit à un coût très inférieur, que l'opération est simple et le levier modéré, le crédit bancaire reste souvent le meilleur choix. Le bon réflexe n'est jamais dogmatique : il consiste à mettre en concurrence dette bancaire, dette privée et solution mixte, puis à retenir la structure qui optimise le couple coût et souplesse pour votre trajectoire. C'est exactement le travail d'un conseil en fusions-acquisitions indépendant.
Le piège suisse : la règle des 10/20 et l'impôt anticipé de 35 %
Voici le point que la plupart des dossiers ignorent, et qui peut faire dérailler un financement en Suisse. Le droit suisse de l'impôt anticipé requalifie une dette en obligation dès lors que l'emprunteur accepte des fonds de plus de dix créanciers à des conditions identiques, la règle des dix, ou de plus de vingt créanciers à des conditions différentes, la règle des vingt. Une fois requalifiée en obligation, la dette déclenche un impôt anticipé de 35 % prélevé à la source sur les intérêts, comme le précise la circulaire de l'Administration fédérale des contributions sur les prêts consortiaux.
Pour un financement en dette privée réunissant plusieurs fonds prêteurs, ce seuil se franchit vite. La conséquence est lourde : 35 % des intérêts retenus à la source, à charge pour des prêteurs souvent étrangers d'en demander le remboursement via une convention de double imposition, ce qui grippe l'économie de l'opération. La parade est structurelle : garder un prêteur unique, typiquement un montage unitranche, ou organiser un club de prêteurs qui reste sous les seuils, avec un agent qui centralise. En Suisse romande comme à Zoug, un financement mal ficelé sur ce point transforme un bon deal en cauchemar fiscal. C'est un réflexe franco-suisse que peu de conseils intègrent.
À qui faire appel pour structurer votre dette privée
Trois critères doivent guider le choix. Le premier est l'indépendance vis-à-vis des prêteurs : un conseil qui compare réellement les offres, et n'oriente pas vers le fonds avec lequel il a un intérêt, défend votre coût de financement. Le deuxième est la maîtrise conjointe de la valorisation et de la structuration : le levier soutenable découle de l'EBITDA normalisé et de la génération de cash, donc l'évaluation et le financement se pensent ensemble. Le troisième est la double compétence franco-suisse, indispensable pour éviter des pièges comme la règle des 10/20 côté suisse ou les enjeux de retenue à la source côté français.
Hectelion réunit ces trois qualités. Cabinet boutique indépendant, doté d'une double expertise franco-suisse et d'une indépendance économique vis-à-vis des intermédiaires financiers traditionnels, il structure des financements d'acquisition sur des opérations comprises entre 2 et 500 MCHF, en mettant en concurrence dette bancaire, dette privée et solutions mixtes. Sa levée de dette et de fonds s'appuie sur une modélisation rigoureuse du levier et du service de la dette. Hectelion n'est pas agréée FINMA et n'intervient pas sur les opérations de sociétés cotées.
Avantages : levier, rapidité et flexibilité de structure
Le premier avantage est le levier : la dette privée finance une part supérieure du prix, ce qui rend possibles des acquisitions hors de portée du seul crédit bancaire et améliore le rendement des fonds propres. Le deuxième est la rapidité et la certitude d'exécution, décisives dans un processus compétitif. Le troisième est la flexibilité : remboursement in fine, coupon partiellement capitalisé, tranche dédiée aux build-ups, covenants négociés au cas par cas. Là où la banque applique une grille, le fonds construit sur mesure.
Ces atouts se lisent mieux en regard du crédit bancaire. Voici, poste par poste, ce qui distingue les deux sources de financement.
- Levier. Banque : prudent, souvent 2,5 à 3 fois l'EBITDA. Dette privée : plus élevé, 3,5 à 5 fois selon le dossier.
- Délai. Banque : long, pool et comités multiples. Dette privée : rapide, un décideur unique.
- Remboursement. Banque : amortissement contraignant. Dette privée : souvent in fine, trésorerie préservée.
- Covenants. Banque : standards et serrés. Dette privée : négociés, parfois allégés, mais surveillés de près.
- Coût. Banque : le moins cher. Dette privée : plus cher, le prix de la souplesse et du levier.
- Build-up. Banque : renégociation à chaque cible. Dette privée : ligne d'acquisition dédiée, tirage au fil de l'eau.
Comparaison synthétique du financement bancaire et de la dette privée pour une acquisition de PME. Le tableau détaillé et un calculateur de capacité d'endettement figurent dans le fichier Excel qui accompagne cette publication.
Limites : coût, covenants et risque de refinancement
La première limite est le coût. La dette privée se paie plus cher que le crédit bancaire, marge élevée sur l'indice de référence, commission d'arrangement, décote à l'émission, parfois part d'intérêts capitalisés. Sur la durée, l'écart de coût pèse sur le rendement de l'opération. La deuxième limite tient aux covenants et au contrôle : un fonds surveille de près la trajectoire, et un franchissement de seuil peut déclencher des droits qui rebattent les cartes. La troisième limite est le risque de refinancement : une dette in fine reporte le remboursement du capital à l'échéance, ce qui suppose de pouvoir refinancer ou céder au bon moment, sous peine de tension.
À cela s'ajoute une limite propre au conseil : Hectelion intervient comme structurateur indépendant et n'est pas agréée FINMA ; le cabinet ne se substitue ni à l'avocat qui rédige la documentation de financement, ni au conseil fiscal qui sécurise les enjeux d'impôt anticipé et de retenue à la source. Cette répartition des rôles est une force : elle garantit que le montage est optimisé côté financement, sans zone grise juridique ou fiscale.
Les 5 erreurs à éviter
Erreur 1 : sur-lever sur un EBITDA non normalisé
Calibrer le levier sur un résultat gonflé par des éléments non récurrents mène à un endettement que la trésorerie ne soutiendra pas. Le levier soutenable se calcule sur un EBITDA normalisé, retraité des exceptionnels, pas sur le chiffre affiché. Un levier trop haut, c'est un DSCR qui casse au premier ralentissement.
Erreur 2 : ignorer le piège suisse des 10/20
Réunir plus de dix prêteurs à conditions identiques, ou plus de vingt à conditions différentes, requalifie la dette en obligation et déclenche l'impôt anticipé de 35 % sur les intérêts. Sur un financement suisse, la structure des prêteurs doit être pensée dès le départ, prêteur unique ou club sous les seuils, sans quoi l'économie du deal s'effondre.
Erreur 3 : négliger le DSCR au profit du seul levier
Un levier acceptable ne garantit pas que les flux couvrent le service de la dette. C'est le DSCR, et non le seul multiple d'endettement, qui dit si l'entreprise tiendra ses échéances. Un montage qui affiche un beau levier mais un DSCR sous 1,1 fois est une bombe à retardement.
Erreur 4 : accepter une dette in fine sans plan de sortie
Le remboursement in fine séduit parce qu'il préserve la trésorerie, mais il reporte tout le capital à l'échéance. Sans plan de refinancement ou de cession crédible à cette date, l'emprunteur se retrouve exposé à un mur de dette. La souplesse d'aujourd'hui ne doit pas masquer le risque de demain.
Erreur 5 : ne pas mettre les prêteurs en concurrence
Se contenter de la première offre, souvent celle apportée par un intermédiaire intéressé, coûte cher. La dette privée est un marché de gré à gré où la marge, les covenants et la flexibilité se négocient. Faire jouer la concurrence entre plusieurs fonds, et face à la banque, fait gagner des points de marge et des libertés contractuelles.
Cas 1 : build-up d'une PME romande financé par unitranche de 20 MCHF
Une PME de services techniques établie en Suisse romande, dotée d'un EBITDA de 5,0 MCHF, veut racheter un concurrent pour accélérer son build-up. La banque plafonne son offre à 2,5 fois l'EBITDA, insuffisant pour boucler le prix. Un fonds de dette propose une unitranche de 20,0 MCHF, soit 4,0 fois l'EBITDA, remboursable in fine, avec une tranche delayed-draw pour la prochaine acquisition. Au coût all-in illustratif de 7,5 %, les intérêts annuels ressortent à 1,5 MCHF, soit une couverture des intérêts de 3,3 fois. En intégrant un amortissement volontaire de 1,0 MCHF, le service de la dette atteint 2,5 MCHF, couvert 1,4 fois par un flux de trésorerie disponible de 3,5 MCHF.
Le point décisif est la structure des prêteurs. Le financement est porté par un fonds unique, via une seule convention, ce qui maintient l'opération hors de la règle des dix créanciers et écarte tout risque d'impôt anticipé de 35 %. Là où un club mal ficelé aurait déclenché une retenue à la source lourde, l'unitranche à prêteur unique préserve l'économie du deal. Résultat : la PME finance son acquisition, garde une ligne prête pour la suivante, et sécurise sa trésorerie. La banque, elle, aurait fait capoter le build-up faute de levier.
Cas 2 : LBO d'une PME industrielle française à 18 M EUR en financement mixte
Une PME industrielle française, valorisée 18 M EUR sur un EBITDA de 3,0 M EUR, soit 6,0 fois, fait l'objet d'un LBO mené par son équipe dirigeante. La banque propose une dette senior amortissable de 2,5 fois l'EBITDA sur cinq ans, avec des covenants serrés. Le repreneur préfère un financement mixte en dette privée : une dette senior directe de 9,0 M EUR, complétée d'une tranche mezzanine de 2,0 M EUR, soit 11,0 M EUR de dette totale, ou 3,67 fois l'EBITDA, contre 7,0 M EUR de fonds propres.
Au coût illustratif de 8,5 % sur la senior et d'un coupon cash de 8 % sur la mezzanine, part capitalisée en sus, les intérêts cash ressortent autour de 0,93 M EUR, soit une couverture des intérêts de 3,2 fois. Le levier supérieur réduit l'apport en fonds propres et améliore le rendement attendu, tandis que le remboursement in fine préserve la trésorerie pour l'exploitation. En contrepartie, le montage coûte plus cher que l'offre bancaire et impose un suivi rigoureux des covenants. Le repreneur a arbitré en connaissance de cause : plus de levier et de souplesse contre un coût supérieur, un choix cohérent avec sa trajectoire de croissance.
Mot du dirigeant
« La dette privée n'est pas la banque en plus cher. C'est un autre métier, avec une autre logique de risque, et elle rend possibles des opérations que le crédit bancaire refuse. Encore faut-il la structurer, pas la subir. »
« Ce que je répète aux repreneurs, c'est de ne jamais prendre la première offre. La marge, les covenants, le remboursement, tout se négocie. Mettre deux ou trois fonds en concurrence, et la banque en face, fait gagner des points de rendement. »
« Et en Suisse, un réflexe sauve des deals : penser la structure des prêteurs dès le premier jour, pour ne pas réveiller l'impôt anticipé de 35 %. C'est technique, c'est franco-suisse, et c'est exactement là qu'un conseil indépendant fait la différence. »
Aristide Ruot, Fondateur et Directeur Général d'Hectelion SA.
FAQ : les 10 questions essentielles sur la dette privée
Introduction : ce qu'il faut retenir avant les questions
La dette privée est un financement puissant mais exigeant. Les réponses ci-dessous précisent ce qu'elle coûte, ce qu'elle permet, ce qu'elle impose, et les pièges franco-suisses à connaître avant de financer une acquisition de PME.
Q1 : Qu'est-ce que la dette privée exactement ?
C'est un financement par dette accordé directement par des fonds spécialisés, hors circuit bancaire et hors marchés cotés, pour financer une acquisition, un LBO ou un build-up. Le prêteur est un gérant d'actifs, pas une banque de dépôt.
Q2 : En quoi diffère-t-elle du crédit bancaire ?
Elle accepte un levier plus élevé, décide plus vite et structure sur mesure, mais coûte plus cher et surveille de près la trajectoire. La banque reste moins chère sur les dossiers simples à levier modéré.
Q3 : Combien de levier peut-on obtenir ?
Souvent 3,5 à 5 fois l'EBITDA, contre 2,5 à 3 fois pour une banque, selon le secteur, la génération de cash et la qualité des résultats. Le levier réel dépend surtout du DSCR soutenable.
Q4 : Combien coûte la dette privée ?
Plus cher que la banque : une marge élevée sur l'indice de référence, une commission d'arrangement, une décote à l'émission, parfois une part d'intérêts capitalisés. Le coût est le prix de la souplesse et du levier.
Q5 : Qu'est-ce qu'une unitranche ?
Une seule tranche de dette qui fusionne senior et junior, portée par un prêteur unique, généralement remboursée in fine. C'est la brique la plus courante du financement d'acquisition mid-market, et elle simplifie la structure des prêteurs.
Q6 : Qu'est-ce que la règle suisse des 10/20 ?
En Suisse, une dette contractée auprès de plus de dix créanciers à conditions identiques, ou de plus de vingt à conditions différentes, est requalifiée en obligation et déclenche un impôt anticipé de 35 % sur les intérêts. La structure des prêteurs doit rester sous ces seuils.
Q7 : Comment éviter l'impôt anticipé de 35 % ?
En gardant un prêteur unique, typiquement via une unitranche, ou en organisant un club de prêteurs qui reste sous les seuils, avec un agent centralisateur. La question se traite dès la conception du financement, avec un conseil fiscal.
Q8 : Quelles métriques le fonds regarde-t-il ?
Le levier, le DSCR, la couverture des intérêts, la couverture des charges fixes et le coussin de fonds propres. Ce sont ces ratios, pas seulement le prix d'acquisition, qui déterminent le montant prêté.
Q9 : La dette privée convient-elle aux build-ups ?
Oui, particulièrement. Une tranche delayed-draw permet de réserver des fonds pour de futures acquisitions et de les tirer au fil des cibles, sans renégocier à chaque fois. C'est un atout majeur pour un acquéreur en série.
Q10 : Faut-il une due diligence pour lever de la dette privée ?
Oui. Le fonds exige une due diligence financière et une quality of earnings solides, car il prête sur la capacité de l'entreprise à générer du cash. Un dossier bien préparé fait gagner du levier et des points de marge.
Acontos : estimez gratuitement la valeur de votre entreprise en ligne
Avant d'entrer dans le détail, sachez qu'Hectelion a développé Acontos, un outil en ligne d'audit, de due diligence et d'évaluation d'entreprise, propulsé par l'intelligence artificielle Claude Sonnet 5 d'Anthropic et calibré par la méthodologie d'Hectelion. À partir de vos comptes, il produit en quelques minutes une première estimation de la valeur de vos titres, gratuitement et sans conserver aucun document.
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Conclusion : la dette privée, un outil à structurer, pas à subir
La dette privée a cessé d'être une curiosité pour devenir une source de financement centrale des acquisitions de PME, à mesure que les banques se retirent du levier. Elle offre du levier, de la vitesse et de la flexibilité, au prix d'un coût supérieur et d'une discipline de trésorerie sans faille. Bien utilisée, elle rend possibles des opérations autrement bloquées ; mal cadrée, elle grève le rendement ou, en Suisse, réveille un impôt anticipé de 35 % qui détruit l'économie du deal.
La bonne approche n'est jamais dogmatique. Elle consiste à mettre en concurrence dette bancaire, dette privée et solutions mixtes, à caler le levier sur un EBITDA normalisé et un DSCR soutenable, et à penser la structure des prêteurs dès le premier jour. C'est là que se joue la valeur ajoutée d'un conseil indépendant franco-suisse : optimiser le financement, sans en subir les pièges.
Synthèse de l'article
La dette privée, ou private credit, est un financement par dette accordé directement par des fonds spécialisés, hors banque et hors marché coté, pour financer une acquisition, un LBO ou un build-up. Elle accepte un levier supérieur, souvent 3,5 à 5 fois l'EBITDA, décide plus vite et structure sur mesure via l'unitranche, la mezzanine, le PIK ou une tranche delayed-draw dédiée aux build-ups. En contrepartie, elle coûte plus cher que le crédit bancaire et impose une surveillance étroite des covenants et de la trésorerie.
Un fonds de dette prête au vu de cinq métriques : le levier, le DSCR, la couverture des intérêts, la couverture des charges fixes et le coussin de fonds propres. En Suisse, un piège majeur guette : la règle des 10/20, qui requalifie en obligation une dette réunissant trop de créanciers et déclenche un impôt anticipé de 35 % sur les intérêts, à neutraliser par un prêteur unique ou un club sous les seuils.
Les cas d'une PME romande financée par une unitranche de 20,0 MCHF et d'un LBO français de 18 M EUR en financement mixte montrent la marche à suivre : caler le levier sur un EBITDA normalisé, vérifier le DSCR, structurer les prêteurs avec soin, et mettre les financeurs en concurrence. La dette privée est un outil stratégique, à structurer avec un conseil indépendant, pas à subir.
Sources
- Administration fédérale des contributions (AFC), impôt anticipé et pratique fiscale en Suisse
- Administration fédérale des contributions (AFC), traitement fiscal des prêts consortiaux et règle des 10/20
- Autorité des marchés financiers (AMF), financement des entreprises et fonds de dette
- Bank for International Settlements (BIS), cadre prudentiel de Bâle III
- Banque de France, développement de la dette privée et recomposition du crédit
- France Invest, dette privée et contribution des prêteurs
- GM Insights, taille du marché mondial du private credit
Auteur
Aristide Ruot, Ph.D.
Fondateur | Directeur Général, Hectelion SA





