RVPI vs TVPI vs DPI vs MOIC : quels multiples pour mesurer la performance d'un fonds de private equity

Deux fonds peuvent afficher le même TVPI tout en ayant un DPI radicalement différent.

Introduction

Imaginons deux fonds de private equity, présentés à deux investisseurs institutionnels le même trimestre. Les deux affichent un TVPI de 1,8x sur un capital appelé de 100 M EUR. Sur le papier, leur performance est identique. Pourtant, le premier a déjà restitué 160 M EUR en cash à ses souscripteurs, alors que le second n'en a restitué que 30 M EUR et conserve le reste sous forme de valeur estimée par son propre gérant. Les deux investisseurs ne décideront pas de la même façon, et leurs comités d'investissement auront raison de ne pas confondre les deux situations.

Ce décalage n'est pas théorique. Selon le Global Private Equity Report 2026 de Bain & Company, les distributions versées aux investisseurs, rapportées à la valeur liquidative des fonds, sont restées à environ 14 % en 2025, un niveau comparable à celui de 2008 et 2009 en pleine crise financière. Ce taux est resté sous 15 % pendant quatre années consécutives. Le secteur détient aujourd'hui environ 32 000 entreprises non cédées, pour une valeur estimée de 3 800 milliards de dollars, et la durée moyenne de détention à la sortie approche sept ans.

Le rapport résume la situation en ces termes : « distributions measured this way have lagged historical averages for four straight years, a new record for the modern private equity industry » (Bain & Company, Global Private Equity Report 2026).

Le problème vient de la façon dont ces fonds communiquent leur performance. Le TVPI additionne deux éléments de nature différente : le cash déjà encaissé, qui est un fait, et la valeur des participations non cédées, qui est une estimation. Un même TVPI peut donc recouvrir une performance déjà sécurisée ou une performance encore entièrement à prouver. C'est précisément cette distinction que les quatre multiples de référence, le DPI, le RVPI, le TVPI et le MOIC, permettent de restituer, à condition de savoir les lire ensemble.

Les enjeux sont concrets pour les dirigeants. Un actionnaire qui vend à un fonds, un coinvestisseur qui négocie une entrée au capital ou une famille qui arbitre un réinvestissement a intérêt à savoir si son interlocuteur financier est sous pression de liquidité. Le nouveau modèle de performance publié par l'ILPA en janvier 2025 renforce cette exigence : il impose aux gérants de communiquer leurs multiples de façon standardisée, en données brutes et nettes, avec et sans l'effet des lignes de souscription.

Cette publication reprend les définitions de chaque multiple, retrace l'origine de leur usage, montre comment les calculer et les combiner, et propose une démonstration chiffrée des pièges de la lecture isolée du TVPI. Elle détaille ensuite le biais des valorisations non réalisées, les effets des lignes de souscription, le rôle du TRI, les erreurs les plus fréquentes et deux cas traités par Hectelion, en France et en Suisse, avant de répondre aux questions les plus courantes.

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Hectelion accompagne les dirigeants et actionnaires vendeurs dans leurs opérations impliquant un fonds de private equity. La lecture des multiples du fonds fait partie de la préparation : elle permet d'anticiper le rapport de force, le calendrier et la structure de la négociation. Lorsque le fonds intervient par un montage de type LBO, la question de la dette et de la structure de financement se pose aussi, comme le détaille notre page sur la structuration financière et notre publication sur les montages LBO, MBO, MBI et OBO.

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Ce que mesurent le DPI, le RVPI, le TVPI et le MOIC

Le DPI (Distributions to Paid-In) rapporte les distributions cumulées déjà versées aux investisseurs au capital appelé, c'est-à-dire la part du capital promis que le gérant a effectivement tirée. C'est la composante réalisée de la performance : chaque unité de DPI correspond à du cash reçu.

Le RVPI (Residual Value to Paid-In) rapporte la valeur liquidative des participations encore détenues au même capital appelé. C'est la composante non réalisée : une estimation établie par le gérant, révisée périodiquement, mais jamais encaissée tant que les actifs ne sont pas cédés.

Le TVPI (Total Value to Paid-In) additionne les deux, soit TVPI = DPI + RVPI. Il mesure la valeur totale générée par le fonds, réalisée et non réalisée, rapportée au capital appelé. C'est le multiple le plus communiqué par les gérants, et celui qui se prête le plus à une mauvaise lecture.

Le MOIC (Multiple on Invested Capital) répond à une logique voisine, mais à un autre niveau d'analyse. Il rapporte les produits de cession et la valeur résiduelle d'une opération au capital effectivement investi dans cette opération, généralement en données brutes, avant frais et carried interest. Le TVPI, lui, se calcule au niveau du fonds, en données nettes, sur un capital appelé qui inclut les tirages destinés aux frais de gestion.

La distinction entre les deux niveaux compte. Un MOIC élevé sur une ligne isolée ne dit rien du TVPI net réellement perçu par l'investisseur, une fois les frais et le carried interest déduits au niveau du fonds.

  • Le périmètre : le DPI et le RVPI décomposent ce que le TVPI additionne.
  • La nature du chiffre : seul le DPI correspond à un montant effectivement encaissé.
  • Le niveau d'analyse : le TVPI se lit au niveau du fonds et en données nettes, le MOIC au niveau d'une opération et en données brutes.
  • La dimension temporelle : aucun de ces quatre multiples n'indique en combien de temps la performance a été générée.

D'un multiple brut aux standards de reporting

Avant les années 2010, la performance des fonds de capital-investissement se mesurait surtout par des multiples bruts proches du MOIC actuel, complétés par le taux de rendement interne. Ces indicateurs ne séparaient pas systématiquement la part réalisée de la part non réalisée. La généralisation du trio DPI, RVPI et TVPI s'est imposée au fil des années 2010, à mesure que les investisseurs institutionnels, confrontés à des durées de détention plus longues et à des valorisations latentes de plus en plus importantes, ont demandé une décomposition plus fine.

Cette exigence a été portée par les investisseurs eux-mêmes, regroupés au sein de l'ILPA (Institutional Limited Partners Association). Son dernier modèle de performance, publié en janvier 2025, est l'étape la plus récente de cette standardisation, avec une mise en application à partir du premier trimestre 2026. Des fournisseurs de données comme Cambridge Associates, Burgiss ou Preqin permettent par ailleurs de situer un fonds par rapport à son millésime et à sa stratégie.

Pourquoi lire ces quatre multiples ensemble

Aucun de ces multiples ne suffit à juger un fonds. Chacun masque une part de l'information que les autres révèlent, et leur lecture séparée conduit à des erreurs prévisibles.

  • Le TVPI seul ne distingue pas le cash du papier : un TVPI de 1,8x porté à 90 % par le RVPI n'offre aucune garantie de liquidité, alors que le même 1,8x porté à 90 % par le DPI représente une performance déjà sécurisée.
  • Le RVPI dépend d'une valorisation du gérant : la valeur des participations non cédées est révisée par le gérant lui-même, avec une marge d'appréciation réelle, surtout lorsque les multiples de marché se compriment.
  • Le DPI sous-estime un fonds jeune : un fonds en début de vie affiche logiquement un DPI faible, la courbe en J retardant les premières distributions.
  • Le MOIC et le TVPI ne sont pas comparables directement : mélanger une performance brute sur une ligne avec une performance nette au niveau du fonds surestime la performance réellement perçue.
  • Aucun des quatre ne donne la durée : un TVPI de 2,0x obtenu en trois ans n'a pas la même valeur qu'un 2,0x obtenu en dix ans.

Comment calculer ces quatre multiples

Le calcul part du capital appelé cumulé, soit la somme des tirages effectués par le gérant sur l'engagement total souscrit par l'investisseur depuis le lancement du fonds. Le DPI rapporte à ce capital les distributions cumulées effectivement versées, nettes des frais de gestion et du carried interest déjà prélevés. Le RVPI rapporte au même capital la valeur liquidative des participations restantes, telle qu'estimée par le gérant selon les normes de valorisation applicables.

Le TVPI s'obtient par addition. Le MOIC se calcule séparément à l'échelle d'une opération : il rapporte les produits déjà perçus et la valeur résiduelle de la participation au montant brut investi dans cette opération.

Le modèle ILPA de janvier 2025 impose désormais une présentation homogène de ces calculs, avec un détail brut et net systématique. Les gérants doivent aussi indiquer leurs multiples avec et sans l'effet des lignes de souscription, selon deux méthodologies, dites granulaire et gross up, selon la façon dont ils suivent leurs flux de trésorerie.

Quel multiple privilégier selon la question posée

Chaque multiple répond à une question précise. Le tableau ci-dessous résume le bon usage de chacun, et rappelle qu'aucun ne se lit seul.

Question posée Multiple à privilégier Pourquoi
Combien le fonds a-t-il réellement rendu à ce jour ?DPISeul multiple correspondant à du cash effectivement encaissé
Quel potentiel reste en portefeuille ?RVPIMesure la valeur non réalisée, à pondérer selon la fraîcheur des valorisations
Vue d'ensemble rapide de la performance totaleTVPI, jamais seulDoit systématiquement être décomposé en DPI et RVPI avant toute décision
Performance d'une opération ou d'un co-investissement précisMOICIsole la performance brute d'une ligne, indépendamment des frais du fonds
Décision de réinvestissement (re-up) avec le même gérantDPI, croisé au TRILa capacité démontrée à restituer du cash prime sur la valorisation non réalisée

Démonstration chiffrée : deux fonds au même TVPI

Exemple numérique construit à titre pédagogique, sans rapport avec un mandat réel.

Le Fonds Alpha et le Fonds Beta affichent tous deux, au même stade de leur vie, un TVPI de 1,8x sur un capital appelé de 100 M EUR. En apparence, leur performance communiquée est équivalente.

Le Fonds Alpha a déjà cédé l'essentiel de ses participations. Son DPI s'élève à 1,6x, soit 160 M EUR effectivement distribués, et son RVPI à 0,2x, soit 20 M EUR de valeur résiduelle. Le Fonds Beta a conservé l'essentiel de son portefeuille : son DPI atteint 0,3x, soit 30 M EUR distribués, et son RVPI 1,5x, soit 150 M EUR de valeur encore estimée par son gérant.

Les deux additions donnent bien 1,8x. Pourtant, un investisseur qui choisit entre les prochains millésimes de ces deux gérants ne dispose pas de la même information. Le premier a démontré sa capacité à transformer la valeur en cash. Le second reste à prouver cette capacité sur une large part de sa performance affichée.

Un comité d'investissement qui comparerait seulement les deux TVPI conclurait à tort à une performance équivalente, alors que le risque de liquidité et la fiabilité de la performance diffèrent profondément.

Le biais des valorisations non réalisées

Le RVPI repose sur une estimation, et une estimation peut être généreuse. Le gérant révise la valeur de ses participations selon des méthodes encadrées, mais qui laissent une marge d'appréciation, en particulier pour les sociétés peu liquides ou lorsque les multiples de marché comparables évoluent rapidement.

Un investisseur averti ne rejette pas le RVPI, mais il le questionne. Il demande à quelle date les participations ont été réévaluées pour la dernière fois, sur quelle méthode, et si une cession récente a confirmé ou infirmé la valeur retenue. Un écart entre la valeur estimée et le prix obtenu lors d'une cession partielle est un signal particulièrement utile.

Dans une négociation, cette lecture permet aussi de mesurer la marge réelle du gérant. Plus la part non réalisée est importante et plus les valorisations sont anciennes, plus le fonds peut avoir intérêt à réaliser des cessions pour fiabiliser son TVPI auprès de ses souscripteurs.

Où se situe le fonds dans sa courbe en J

La position du fonds dans sa courbe en J conditionne l'interprétation de tous les multiples. Le tableau suivant reste volontairement qualitatif : il décrit les tendances typiques par phase, sans chiffre précis par âge de millésime, faute de source primaire vérifiable pour un repère exact.

Stade du fonds État typique des multiples Implication pour la négociation
Déploiement (premières années)DPI quasi nul, TVPI proche de 1,0x voire légèrement inférieur du fait des frais et coûts d'acquisitionUn DPI faible à ce stade ne signale rien d'anormal ; le fonds n'est pas structurellement sous pression de liquidité
Début de récoltePremières cessions, DPI qui commence à progresser, RVPI encore dominant dans le TVPISignal encore précoce, insuffisant pour juger la capacité réelle du gérant à restituer du cash
Récolte confirméeLe DPI est attendu en nette progression ; une stagnation à ce stade devient un signal à examinerUn DPI qui stagne ici renforce le rapport de force du cédant : le gérant a un besoin réel de cessions
Fin de vie du fondsLe DPI est censé converger vers le TVPI, avec un RVPI résiduel faibleUn RVPI encore élevé à ce stade signale une pression de liquidité maximale, souvent le terrain des continuation funds

Lignes de souscription : quand un TRI peut mentir

Une ligne de souscription, ou subscription facility, permet au gérant de financer temporairement ses investissements par de la dette au niveau du fonds, avant d'appeler le capital auprès des investisseurs. Ce mécanisme retarde les appels de capital.

Le résultat est mécanique : le TRI apparent peut s'améliorer, puisque l'argent investi est sorti plus tard, sans que la valeur créée ait changé. Le TVPI, lui, ne bouge pas, ce qui explique pourquoi l'ILPA exige désormais de le présenter avec et sans l'effet de ces lignes.

Pour un dirigeant, la conséquence est simple : un TRI élevé doit être lu à la lumière de l'usage de la ligne, et un TVPI présenté sans précision sur ce point doit être demandé dans sa version sans effet de souscription.

Ce que chaque multiple apporte de précieux

Le DPI offre une mesure objective, puisqu'elle repose sur des flux de trésorerie constatés. C'est la référence la plus fiable pour comparer des gérants entre eux. Le TVPI apporte une vue d'ensemble rapide, largement standardisée depuis le modèle ILPA, et reste le plus utile pour un premier filtrage d'un grand nombre de fonds.

Le MOIC offre une mesure simple et intuitive de la performance brute d'une opération, utile pour comparer des lignes de portefeuille entre elles, indépendamment de la structure de frais du fonds.

Ce qu'aucun de ces multiples ne garantit

Le RVPI, et donc la part du TVPI qu'il porte, repose sur une valorisation produite par le gérant. Cette méthode est encadrée, mais elle conserve une marge d'appréciation réelle.

Aucun des quatre multiples n'intègre la durée. Le MOIC, calculé en données brutes au niveau d'une opération, surestime en outre la performance nette réellement perçue par l'investisseur final.

Pourquoi toujours confronter ces multiples au TRI

Le taux de rendement interne (TRI) mesure la performance annualisée en tenant compte du calendrier exact des appels et des distributions. Les quatre multiples, eux, l'ignorent. Confronter systématiquement ces multiples au TRI reste donc indispensable pour juger la vitesse de création de valeur, et pas seulement son niveau final.

Un TVPI solide associé à un TRI décevant signale le plus souvent une performance générée lentement, ou un effet de courbe en J qui se prolonge au-delà de la phase d'investissement. L'inverse, un TRI élevé porté par un TVPI encore modeste, peut simplement refléter un fonds jeune dont les premières cessions sont bonnes, mais dont la performance globale reste à confirmer.

Les cinq erreurs à éviter

Erreur 1 : comparer deux fonds sur leur seul TVPI

Deux fonds au même TVPI peuvent avoir des compositions DPI et RVPI très différentes, comme le montre la démonstration ci-dessus. Comparer sur le seul TVPI expose à sous-estimer le risque de liquidité de l'un par rapport à l'autre.

Erreur 2 : confondre MOIC d'opération et TVPI de fonds

Un MOIC élevé sur une opération, en données brutes, ne présage pas du TVPI net perçu au niveau du fonds, une fois les frais et le carried interest déduits.

Erreur 3 : juger un fonds jeune sur son seul DPI

Un fonds en phase d'investissement affiche mécaniquement un DPI faible. Le DPI ne devient pleinement informatif qu'une fois la phase de cession engagée.

Erreur 4 : ignorer si le TVPI inclut l'effet des lignes de souscription

Une ligne de souscription peut améliorer le TRI apparent sans changer le multiple réel. Il faut vérifier si le chiffre communiqué est celui avec ou sans cet effet.

Erreur 5 : ne jamais recouper ces multiples avec le TRI

Lire le niveau de la performance sans sa vitesse revient à ignorer la dimension la plus déterminante du capital-investissement.

Cas 1 : actionnaire familial français face à un fonds co-investisseur

Cas construit à titre pédagogique sur les pratiques de marché observées.

Une société familiale francilienne des services aux entreprises engage une négociation de cession partielle avec un fonds de private equity, actionnaire minoritaire depuis cinq ans. Avant d'entrer en négociation, les actionnaires familiaux font analyser la situation du fonds vis-à-vis de ses propres investisseurs.

Les derniers rapports publics du gérant font apparaître un DPI de seulement 0,4x sur le millésime concerné, pour un TVPI de 1,6x, et un fonds arrivant en fin de période d'investissement. Ce profil signale une pression de liquidité : le gérant a besoin de cessions pour améliorer son DPI auprès de ses souscripteurs avant sa prochaine levée.

Hectelion recommande donc d'intégrer ce rapport de force dans le calendrier de négociation. Le fonds est objectivement demandeur d'une sortie rapide, et l'analyse des multiples permet de l'établir plutôt que de la supposer.

Cas 2 : family office suisse et arbitrage de réinvestissement

Cas construit à titre pédagogique sur les pratiques de marché observées.

Un family office genevois, investisseur de longue date dans deux fonds de capital-investissement de millésimes comparables, sollicite Hectelion pour arbitrer un réinvestissement, ou re-up, dans le prochain véhicule de l'un des deux gérants.

Le premier gérant affiche un TVPI de 1,9x, porté pour l'essentiel par un DPI de 1,3x, le solde de 0,6x étant en RVPI. Le second affiche un TVPI légèrement supérieur, de 2,0x, mais porté à 85 % par un RVPI de 1,7x, pour un DPI de seulement 0,3x.

Le TVPI seul orienterait vers le second gérant. La décomposition révèle l'inverse : le premier a transformé la valeur en liquidité sur une partie significative de son cycle, alors que le second doit encore prouver cette capacité. Le family office retient le premier gérant, en accordant plus de poids à la robustesse du DPI qu'à un TVPI nominal plus élevé.

Un mot du dirigeant

« Dans nos négociations avec des fonds de private equity, nous constatons régulièrement que les dirigeants et actionnaires familiaux ignorent la situation réelle du fonds en face d'eux. C'est une erreur : un gérant sous pression de DPI n'a pas le même rapport de force qu'un gérant au début de son cycle d'investissement.
Un TVPI élevé ne garantit pas la capacité d'un fonds à restituer du cash dans des délais raisonnables à ses propres souscripteurs. C'est précisément ce que révèle la décomposition entre DPI et RVPI, et c'est elle qui éclaire le véritable rapport de force dans une négociation de cession ou de co-investissement.
Chez Hectelion, nous intégrons systématiquement la lecture de ces multiples dans la structuration de nos opérations impliquant un sponsor financier, pour que nos clients négocient en connaissance des contraintes réelles de leur contrepartie.

Aristide Ruot, Fondateur et Directeur Général, Hectelion SA

Questions fréquentes sur le DPI, le RVPI, le TVPI et le MOIC

Introduction : ce qu'il faut retenir avant les questions

Les questions suivantes reprennent les interrogations les plus fréquentes des dirigeants et des investisseurs institutionnels lorsqu'ils interprètent la performance d'un fonds de private equity à travers ces quatre multiples.

Q1 : Quelle est la formule reliant DPI, RVPI et TVPI ?

TVPI = DPI + RVPI. Le TVPI additionne la part déjà distribuée et la part encore détenue à sa valeur estimée, les deux étant rapportées au même capital appelé.

Q2 : Pourquoi le MOIC n'est-il pas directement comparable au TVPI ?

Le MOIC se calcule le plus souvent au niveau d'une opération, en données brutes avant frais et carried interest. Le TVPI se calcule au niveau du fonds, en données nettes, sur un capital appelé qui inclut les tirages destinés aux frais de gestion.

Q3 : Un DPI faible signifie-t-il toujours une mauvaise performance ?

Non. Un fonds en phase d'investissement affiche mécaniquement un DPI faible en raison de la courbe en J, indépendamment de la qualité de son portefeuille.

Q4 : Pourquoi les investisseurs institutionnels privilégient-ils de plus en plus le DPI ?

Parce que le RVPI, et donc une large part du TVPI, repose sur des valorisations estimées par le gérant. Dans un contexte où les distributions restent historiquement faibles, comme en 2025 selon Bain & Company, la performance effectivement encaissée pèse davantage.

Q5 : Que change le modèle de performance ILPA de janvier 2025 ?

Il impose la communication conjointe et standardisée de l'IRR et du TVPI ou MOIC, en données brutes et nettes, avec et sans effet des lignes de souscription, avec une mise en application à partir du premier trimestre 2026.

Q6 : Le RVPI peut-il être fiable ?

Il peut l'être s'il suit les normes de valorisation applicables, mais il conserve une marge d'appréciation du gérant, surtout sur des actifs peu liquides ou lorsque les multiples de marché comparables se compriment rapidement.

Q7 : Faut-il toujours croiser ces multiples avec le TRI ?

Oui, systématiquement. Aucun des quatre multiples n'indique en combien de temps la performance a été générée, une information que seul le TRI apporte.

Q8 : Qu'est-ce qu'une ligne de souscription et pourquoi affecte-t-elle ces multiples ?

Elle permet au gérant de retarder les appels de capital en finançant temporairement les acquisitions par de la dette au niveau du fonds. Le TRI apparent peut s'améliorer sans que le multiple réel change, d'où l'exigence de présenter les chiffres avec et sans cet effet.

Q9 : Comment un dirigeant peut-il utiliser ces multiples dans une négociation ?

En identifiant la situation de liquidité du fonds en face de lui. Un gérant proche de la fin de sa période d'investissement, avec un DPI faible, est structurellement demandeur de cessions rapides.

Q10 : Ces multiples sont-ils comparables d'un millésime à l'autre ?

Seulement à âge de millésime comparable. Un fonds de 2023 et un fonds de 2018 n'ont pas eu le même temps pour matérialiser leur performance. Les comparaisons doivent s'appuyer sur des bases comme Cambridge Associates, Burgiss ou Preqin, qui segmentent par millésime et par stratégie.

Q11 : Comment vérifier la valorisation estimée d'un fonds ?

En demandant la date de la dernière réévaluation, la méthode utilisée et les cessions récentes, dont le prix peut être comparé à la valeur retenue. Un écart répété entre valeur estimée et prix obtenu est un signal d'alerte.

Q12 : Un marché porteur améliore-t-il mécaniquement le RVPI ?

Il peut le gonfler, puisque les multiples de marché servent souvent de référence aux valorisations. Une hausse de la valeur estimée doit donc être rapprochée des cessions effectivement réalisées.

Q13 : Les quatre multiples suffisent-ils à juger un fonds ?

Non. Ils donnent la performance en niveau, mais pas la qualité de la stratégie, la concentration du portefeuille ni la discipline du gérant. Ils doivent être complétés par l'analyse du portefeuille et de l'équipe.

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Conclusion

Le DPI, le RVPI, le TVPI et le MOIC ne sont pas des multiples concurrents. Ce sont des décompositions complémentaires d'une même performance : ce qui a été encaissé, ce qui reste en portefeuille, la valeur totale, et la performance d'une opération prise isolément.

Dans un contexte où les distributions sont restées historiquement basses en 2025, le DPI s'impose comme la référence pour juger la performance réellement livrée. Le TVPI garde son utilité comme vue d'ensemble, à condition de ne jamais être lu sans sa décomposition. Croisé au TRI, l'ensemble permet d'apprécier à la fois le niveau de la performance et la vitesse à laquelle elle a été créée.

Synthèse de l'article

Le DPI mesure les distributions effectivement encaissées, rapportées au capital appelé. Le RVPI mesure la valeur estimée des participations non cédées. Le TVPI additionne les deux. Le MOIC mesure une performance brute au niveau d'une opération.

Le DPI devient le multiple à privilégier pour juger la liquidité perçue et pour un réinvestissement. Le RVPI se lit en tenant compte de la fraîcheur des valorisations. Le TVPI reste une vue d'ensemble, jamais suffisante seule. Le MOIC trouve sa place dans l'analyse d'une opération ou d'un co-investissement.

Deux fonds au même TVPI peuvent recouvrir des réalités de liquidité très différentes. Croiser ces multiples avec le TRI permet d'apprécier la vitesse de création de valeur, dimension qu'aucun multiple ne capte seul.

Les cinq erreurs les plus fréquentes sont de comparer les fonds sur leur seul TVPI, de confondre MOIC d'opération et TVPI de fonds, de juger un fonds jeune sur son seul DPI, d'ignorer l'effet des lignes de souscription, et de ne jamais recouper avec le TRI.

Sources

Auteur

Aristide Ruot, Ph.D.
Fondateur | Directeur Général, Hectelion SA